XXIV. — LE DOCTORAT ES LETTRES
ger des épreuves. Plus d'un latiniste maladroit s'est vu condamner à la dépense d'une réimpression pour n'avoir pas suivi à temps le conseil de s'assurer une révision sévère de ses épreuves. Beaucoup de thèses, après la soutenance, font bien de rechercher l'ombre et de ne pas trop laisser voir les fautes nombreuses qui les déparent et qui font grand tort à la solidité du fond. Avouons-le, sans trop craindre de favoriser par cet aveu les ennemis du latin moderne des thèses et des discours latins dans nos épreuves universitaires. Quoi qu'on puisse dire, ceux-là seuls savent bien une langue qui peuvent écrire sans faute en cette langue quelques pages ; et pourquoi celui qui en peut écrire dix n'en écrirait-il pas davantage ?Ici, j'entends nos philosophes se récrier, à qui Cicéron ni Sénèque ne suffisent plus, pour disputer avec Descartes, Leibniz et Kant. Us ont souvent raison dans leurs plaintes, j'en conviens. Mais le plus souvent, s'ils médisent de ce latin-là, c'est qu'ils ne le connaissent pas assez bien, c'est qu'ils ne l'ont pas assez étudié pour s'en approprier toute la richesse encore utile.
Autre excuse trop fréquente ; tout docteur qui nous parle du moyen âge, de sa littérature et de ses institutions, surtout de sa théologie, se croit autorisé à employer la langue des latinistes plus ou moins barbares de ce temps. Ainsi tantôt la faute est à l'imprimeur, tantôt à Sénèque et à Cicéron, tantôt à Grégoire de Tours, à Orderic Vital ou à saint Thomas d'Aquin. Passons un peu les Alpes, et nous verrons comment, dans les Universités d'Italie, sans aller jusqu'au pédantisme cicéronien, on sait, pour des sujets très divers et très modernes, employer une bonne latinité.
Voilà des vérités que nous devons nous dire à nousmêmes, sans faiblesse pour nos défauts, mais sans découragement. Le doctorat, depuis un demi-siècle, a suscité le zèle de plusieurs générations laborieuses et répandu le
goût des fortes études dans nos Facultés, dans nos lycées, dans le monde même, où quelques jeunes esprits le recherchent uniquement pour s'honorer, sans ambition d'exercer des fonctions universitaires.
Pour ces fonctions mêmes, donne-t-il la garantie d'une véritable capacité? Je n'oserais pas le dire; mais l'agrégation, qui ouvre plus spécialement l'accès aux chaires d'enseignement secondaire, ne garantit pas mieux le talent de tenir une classe, de l'intéresser, de faire, comme on dit, bien travailler les élèves. Pour ce genre de succès, faut-il compter beaucoup sur la pédagogie? Une longue pratique me laisse bien des doutes à cet égard. L'étude raisonnée des méthodes est assurément nécessaire pour former un bon instituteur primaire; mais, à mesure qu'on s'élève d'un ou deux degrés dans l'enseignement de la jeunesse, le savoir et le talent du professeur ont moins besoin de s'astreindre à suivre les lignes d'une méthode rigoureuse. Il y a surtout une chose à laquelle rien ne supplée : c'est la vocation, c'est l'amour du métier. Un héros d'agrégation vient souvent échouer devant la première classe qu'on lui confie; et, pour peu qu'il manque de courage et de docilité aux conseils de ses anciens, il ne se relèvera pas de ce premier échec. En général, il ne faut pas demander à nos épreuves universitaires plus qu'elles ne peuvent donner, si parfaites qu'elles soient ou qu'elles puissent être ; car je suis loin de croire qu'elles n'appellent pas quelques réformes. Je supplie seulement qu'on veuille bien, avant tout, tenir compte des réformes déjà faites, et, dans celles qu^on prépare, qu'on veuille bien songer aux plus simples. Par exemple, on a souvent regretté que le doctorat provoquât trop peu de discussions philologiques sur les textes grecs et latins, excepté dans les thèses de pure philologie comme on en a vu quelques-unes en ces dernières années. Mais les Univer-