‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 24 sur 212 · FRANCIS MEUNIER · texte numérisé non relu

FRANCIS MEUNIER

La mort, une mort presque tragique par sa soudaineté, rient de frapper, à l'âge de quarante-neuf ans, un des îommes dont pouvait le plus s'honorer notre jeune école ie linguistes français, Louis-Francis Meunier (2), docteur îs-lettres, deux fois lauréat de l'Institut : la première fois, lans le concours sur la vie et les écrits de l'orateur Hypéide ; la seconde fois, au concours annuel pour le prix V'olney. Collaborateur dévoué de deux Sociétés qu'a fondées et que fait prospérer, depuis bientôt dix ans, le zèle de Dombreux amis des lettres savantes, L.-F. Meunier était justement chéri de tous ceux qui l'ont connu; il était moins connu qu'il ne méritait de l'être : c'est que ses travaux, dont une partie est et restera inédite, s'adressent au public le moins nombreux. Deux thèses, toutes deux fort solides, soutenues en 1857 devant la Faculté des lettres de Paris (3), et diverses compilations de littérature ancienne n'avaient longtemps montré en lui que les qualités d'un esprit laborieux et méthodique ; elles ne laissaient pas de-

(1) Bulietin de la Société de Linguistique de Paris, n® 9 (mars 1874).

(2) Né à Paris, le 8 novembre 1824 ; frappé d'apoplexie, le 10 mars, mort le 11 mars 1874.

(3) De Homeri Vita quse sub Herodoti nomine circumfertur Herodoto

abjudicanda, — Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme

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viner la sagacité originale qu'il déploya bientôt dans les études de grammaire comparative. Depuis 1868, plusieurs morceaux, dont Tun formerait un volume, insérés par lui dans les Mémoires de la Société de Linguistique et dans rAîinuaire de f Association pour r encouragement des études grecques, ont révélé le disciple ingénieux des Bopp, des Eug. Burnouf, des Ad. Régnier. Peu de personnes, en France, s'étaient plus fortement approprié les méthodes d'analyse qui ont, de nos jours, changé la grammaire historique et Tétymologie en une science de précision. Or, notre ami avait près de quarante ans déjà, quand il se porta, par une vocation heureuse, à ce genre de travaux. Une chute de cheval qui, en 1862, le coucha pour de longues années sur un lit de douleur, n'avait, grâce à Dieu, rien ôté à l'activité de son esprit. Ce fut dans ce repos forcé du corps qu'il amassa, qu'il classa les matériaux d'une érudition grammaticale que, depuis ce temps, nous l'avons vu animer et féconder par une pénétrante critique. Trop sensé pour n'avoir pas vite compris ce qui manquait à cette nouvelle éducation de son intelligence, il s'était refait écolier, afin de rétendre et de l'affermir. Enseignant lui-même pour vivre, il suivit, à ses heures de liberté, les cours de M. Bréal au Collège de France, de M. Bergaigne à TEcole pratique des Hautes Etudes, pour les langues aryennes, sans négliger les livres et les leçons de nos habiles romanistes. C'était là un de ces écoliers en qui les maîtres trouvent des auditeurs exigeants, quelquefois des collaborateurs utiles. Ainsi,. M. Bréal se l'associa, pour l'achèvement de sa tradution de la Grammaire comparée de Bopp. F. Meunier fut chargé des tables, besogne délicate et méritoire, qu'il venait de finir la veille même de sa mort (1).

(1) Registre détaillé, formant le tome V de cette traduction. Paris, 1874> n-8, Imprimerie Nationale.

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