‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 25 sur 212 · IV. FRANCIS MEUNIER · texte numérisé non relu

IV. FRANCIS MEUNIER

Mais que de choses il n'avait pas finies! que de recherches arrêtées par ce coup subit, les unes près, les autres loin du but qu'il voulait atteindre! Instruit, comme je l'étais presque au jour le jour, du progrès de ses recherches, des petites découvertes dont il me faisait partager la joie et le profit, je sais et je dois dire combien la science a perdu, par la mort d'un si habile et si diligent ouvrier. L'enseignement n'a pas moins perdu, quoique le pauvre philologue fût réduit, par la faiblesse de sa santé, à n'aborder que bien peu l'enseignement public (1). Ses élèves, à tous les degrés, diront avec quelle intelligente méthode il dirigeait leurs études, avec quel art il ramenait à des formules simples et faciles les principaux résultats de l'analyse des langues classiques, comparées aux autres langues de la même famille. S'agissait-il de quelque loi nouvellement constatée, la rigueur et l'abondance de ses démonstrations allaient presque à Texcès; il abusait de la clarté même. Et puis, il faut avouer, ce que nous voulions alors nous dissimuler, ce que nous comprenons aujourd'hui, après le coup qui l'a frappé, cette pensée vigoureuse, cette parole éminemment didactique se mouvaient avec quelque lenteur, dans les entraves d'un corps miné par une sourde et irrémédiable maladie. L'âme luttait pour garder la pleine possession d'elle-même, et l'efifort de la lutte n'était que trop sensible à des yeux clairvoyants. Au fond, la vie entière de cet homme avait été une lutte sans relâche et sans éclat, même avant la blessure mal guérie dont le lointain contre-coup Fa tué. 11 était né pauvre, et il avait vaincu la pauvreté à force de vertu, de patience et de courage; au milieu d'une famille

(1) Deux fois, il a exercé les fonctions de précepteur : au début de sa carrière, dans la famille de M. Ch. Dupin ; de 1860 à 1862, en Espagne, dans la Tamille de l'Impératrice des Français. C'est dans l'exercice de ces dernières ronctions que lui arriva le malheureux accident dont nous avons parlé.

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de modestes artisans, il était devenu un savant estimé des meilleurs juges. Au moment où la fortune semblait lui sourire, il s'était vu atteint d'une infirmité cruelle, et alors avait recommencé pour lui une série d'épreuves où, du moins, le soutenaient Taifection de tous les siens et surtout le dévouement d'une sœur, fière de s'être rendue Tauxiliaire utile de ses travaux. Noble spectacle, que celui d'une telle vie ! J'en voudrais faire partager l'émotion à tous ceux qui liront ces simples lignes, témoignage d'une admiration sincère et d'une inconsolable amitié. Je voudrais surtout qu'un tel exemple touchât d'émulation, animât d'ambitions salutaires tant déjeunes esprits, qui cherchent vainement leur voie dans les futiles essais d'une littérature sans avenir, quand la vraie science leur offrirait tant de joies fortifiantes, dans les plus sérieux travaux.

Parmi les nombreux manuscrits que laissait L.-F. Meunier, il y en avait de plus ou moins prêts pour l'impression et, au premier rang, le Mémoire auquel la Commission juge du concours Volney a décerné une moitié de prix en 1873, et qui a été imprimé en 1875 par les presses de Tlmprimerie Nationale, sous le titre : les Composés qui contiennent un verbe à un mode personnel^ en latin, en français, en italien et en espagnol. Mais il y a, hélas! des ouvrages entiers qui, n'ayant pu paraître en leur temps, ont perdu, en partie du moins, le mérite et les chances de l'opportunité. Tels sont : un ouvrage sur les temps héroïques de la Grèce, d'après les témoignages d'Homère ; le mémoire sur Hypéride, qui partagea le prix avec M. J. Girard, en 1860; un recueil des fragments de tous les ouvrages perdus d'Aristole, présenté jadis au concours ouvert pour ce travail par ' l'Académie de Berlin ; une édition de la chronique rimée de Martin de Cotigny, d'après le manuscrit unique de la . bibliothèque de l'Institut; un dictionnaire latin, par ordre

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