V. — RAPPORT SUR L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES
à exploiter un champ si fertile. Nous espérons que M. Rayet n'y manquera pas, pour sa part, dans le travail plus développé, qu'il nous promet sur les monuments épigraphiques de Cos : le moment est opportun pour le lui recommander. En Tan Xll, dans un mémoire sur ropinion de quelques hellénistes touchant le grec moderne^ le savant hellène Kodrikas ramenait à treize variétés principales le grec alors parlé en Orient, et il rapportait à la neuvième de ces variétés le grec insulaire de la côte de Carie. Cette division générale et cette attribution particulière mériteraient d'être soumises à un nouvel examen. Dans ces dernières années, sur l'appel d'un ministre du gouvernement grec, plusieurs Hellènes se sont attachés à recueillir les proverbes et les locutions populaires, les formes grammaticales des divers dialectes du continent et des îles. Le Journal des Savants ou plutôt des Amis de la 5ceewc^ ( 'Eçrjixsplç twv $iXo[i.aG(5v),le Philistor, la Pandore, ont publié plusieurs de ces recueils, qui devaient être réunis en un travail d'ensemble par M. Michel Schinas. Il appartient à nos philologues français de l'Ecole d'Athènes de mettre à profit ces travaux, d'y ajouter par leurs propres recherches. Les méthodes mêmes de la grammaire comparative ne sont plus aujourd'hui étrangères aux philologues hellènes ; on le voit par quelques-unes de leurs récentes publications (1). A cet égard aussi, nous pouvons donc provoquer avec eux une alliance ou, si l'on aime mieux, une concurrence, qui ne pourra que contribuer au progrès de la philologie.
L'exploration nouvelle du golfe de Corinthe, que M. Lebègue a prise pour sujet de son mémoire de seconde année, est une de celles que nous avons jadis mises au programme de l'École française d'Athènes ; mais c'est une de
vl) Voir particulièrement les mémoires de M. Mavrophrydis dans le Phi^ listor de 1861 et années suivantes.
celles où, à Paris, le contrôle nous est le plus difficile à exercer sur les résultats obtenus. M. Lebègue Ta bornée aux côtes orientales de ce golfe (Mégaride, Béotie, Phocidc), et il nous paraît l'avoir accomplie avec tout le soin. avec tous les scrupules d'un voyageur consciencieux. 11 s'est préparé à ces recherches par Tétude des travaux antérieurs, comme ceux de l'État-major français, de Leake, de Forchhanimer, de M. Curtius, etc., qu'il complète et rectifie par des relevés plus exacts et des descriptions souvent minutieuses, depuis le village de Mazi, en Mégaride, jusqu'à Galaxidi, en Locride, sans négliger les trois obscurs îlots appelés Kala Nisia^ dans la baie de Livadostro, oubliés par plus d'un voyageur et omis sur plus d'une carte. Sobre dans sa méthode d'exposition, modeste et réservé dans ses assertions, peu prodigue de phrases sur ses impressions personnelles de touriste, il va droit à son but, sans nous occuper longuement des moyens employés pour l'atteindre; il manque malheureusement d'habileté pour la levée des plans et pour les dessins topographiques, et cette partie de son mémoire laisse beaucoup à déàirer. Elle exigera sans doute, de sa part, un surcroît d'études, et peut-être le secours d'un artiste habitué à ce genre de travail. D'ailleurs, M. Lebègue ne nous communique pas tous les dessins de monuments qu'il a recueillis sur sa route; et les trois Appendices où il traite : 1° du cavalier représenté sur un grand nombre de bas-reliefs funéraires ; 2° de quelques cartes du moyen âge ; 3** de la domination vénitienne dans l'isthme de Corinthe, montrent par leur place même l'embarras où s'est trouvé l'auteur pour fondre en un seul tout, dans une rédaction trop rapide, les notes abondantes qu'il a recueillies, soit en Italie, soit en Grèce, sur tant de sujets divers. Ces imperfections et ce défaut d'unité ne nous étonnent pas, chez un si jeune explorateur. Il faut, d'ailleurs, lui