V. — RAPPORT SUR L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES
tenir compte des nombreuses difficultés qui s'opposaient au succès de son entreprise. Les ravages causés par des tremblements de terre, ceux que produit chaque jour le progrès de l'industrie, fouillant le sol, exploitant les ruines, pour élever des constructions nouvelles, font peu à peu disparaître, sur ces rivages, les traces de l'antiquité. Les inscriptions y sont rares ; M. Lebègue en a recueilli peu qui eussent échappé aux précédents voyageurs. D'ailleurs, il avait déjà publié, dans le onzième numéro du Bulletiti de r École française^ les rares inscriptions trouvées par lui, « sur la longue plage sablonneuse qui forme, au sud, le « littoral du golfe de Corinthe, et qui a été suivie par Pou- « queville, par Leake et par M. Curtius, » et il laissait à de futurs explorateurs le soin d'étudier les côtes de l'Étolie et de l'Acarnanie. Mais un autre genre de monuments a mieux résisté, par sa masse même, aux causes de destruction qui changent rapidement l'aspect de ces côtes : ce sont d'anciennes et très remarquables fortifications helléniques. Nous avons pu jadis apprécier, dans des mémoires de M. Heuzey et de feu M. Bazin, l'intérêt que présentent les ruines de ces édifices militaires, sur la côte septentrionale du golfe de Corinthe. Cet intérêt s'augmente pour nous, grâce aux travaux que poursuivent plusieurs officiers du génie français, sur la Poliorcétique des anciens, notamment par la publication récente d'un important ouvrage du capitaine de Rochas sur ce sujet (I). M. Lebègue a spécialement étudié
(1) Poliorcétique des Grecs. Traité de fortification, d'attaque et de défense des places f pai* Philon de Byzance ; traduit pour la première fois du grec en français, commenté et accompagné de fragments explicatifs tirés des ingénieurs et des historiens grecs. Paris, 1872, 258 pages in-8. — A ce propos, nous pouvons aussi rappeler que notre Compagnie a entendu, en 1870, la lecture d'un savant mémoire de M. V. Prou, ingénieur civil, sur la balistique ancienne, mémoire qui fait suite aux recherches, déjà si méritoires, de feu notre confrère M. Vincent, et qui, nous l'espérons, pourra trouver prochainement place dans un de nos recueils académiques.
ces constructions, sur les bords du golfe de Corinthe ; mais le travail qu'il y consacre formera un second mémoire, dont la rédaction était trop peu avancée, lors de l'envoi du premier, pour qu'il ait cru convenable de l'y joindre. Nous approuvons, à cet égard, sa judicieuse réserve. Mais nous ajouterons qu'il aurait pu, sans élargir outre mesure le plan du premier mémoire, satisfaire plus complètement au désir de l'Académie, en y comprenant quelques réponses à la seconde partie de notre sixième question. « Ce périple, « dit le texte de notre programme, doit être une étude de « géographie comparée. On y recueillera les souvenirs de « mythologie et d'histoire que les Jieux rappellent, les ins- « criptions (jusqu'ici M. Lebègue a bien fait le travail de- « mandé), les chants populaires qui ne sont pas dans les re- « cueils de Zampéiios et de Passow, surtout les chants des « marins et des pêcheurs. On y mentionnera aussi les noms « des poissons qui se trouvent dans ces parages, en ayant « soin d'en rechercher la synonymie ancienne, parmi les « poissons cités ou décrits dans les ouvrages d'Appien, de « Xénocrate, d'Athénée, etc. » On voit par là ce qui reste à faire pour achever le travail que l'Académie proposait au zèle de nos antiquaires. Si la synonymie scientifique, encore obscure et fautive dans nos meilleurs dictionnaires grecs, peut être améliorée, c'est surtout à de telles recherches que nous le devrons. 11 est trop tard, ce semble, pour les demander à M. Lebègue : que d'autres, du moins, songent à ces besoins de la science, que notre devoir est de leur rappeler.
Vous le voyez, Messieurs, parmi ces diverses appréciations de travaux, d'ailleurs tous estimables, nous sommes ramenés sans cesse aux études sur la langue grecque. Ces études ont fait, chez nous, depuis quelques années, de véritables progrès ; mais elles sont loin de tenir à l'École d'Athènes