VI. — RAPPORT SUR L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES
classique de Thucydide (1), puis avec le témoignage de Strabon, qui a pour nous Fautorité toute spéciale d'une description proprement dite ; enfin avec la note du scoliaste de Platon (2), que sa précision même recommande singulièrement à notre confiance. Cette dernière, en effet, signale Fauteur conlpilé par le scoliaste. Seulement, elle contient un mot, sans doute corrompu, que jusqu'ici aucun éditeur, ce nous semble, n'a essayé de corriger, que M. Ruel traduit sans paraître y voir une difficulté (3) ; de plus, elle explique d'une façon un peu embarrassante la destination de ce troisième mur qui « de Munychie, se dirigeait d'un côté vers le Pirée et de l'autre sur Phalère ». 11 y a donc en tout cela des obscurités, que M. Ruel n'a pas entièrement dissipées, et ses conclusions sont marquées d'une confiance qu'il n'a pu faire partager à votre Commission.
Dans la révision philologique de ce problème complexe et délicat, il ne faudrait pas, comme le fait M. Ruel, écarter certains témoignages uniquement parce qu'ils sont incomplets ou obscurs ; il conviendrait de distinguer, plus soigneusement qu'on ne l'a fait jusqu'ici, deux espèces de témoignages : les uns, comme ceux de Thucydide, de Xénophon, d'Andocide, viennent d'auteurs assurément considérables, de témoins oculaires, mais qui constatent l'exécution de tel ou tel travail, selon les besoins de leurs récits, sans décrire expressément les lieux ; d'autres, comme ceux
(1) Uvre If, ch. 13.
(2) Sur le Gcrgias{p. 455 E. éd. Estienne), p. 105 de V édition pjHnceps de ces scolies, par Ruhnkenius (Leyde, 1800, in-8); p. 17-48 de l'édition de Baiter, Orelli et Winckelmann (Zurich, 1841, in-12) : Aià (i.É(Tou teixo; Uyei, ô xal àxpt vOv èdxlv èv/EXXàSt. 'Ev x^ Mouvuxi<î ï^p STioiriae xat xo (AÉdov teÏxo;, TO ptèv pàX>.ov èiii xov netpaiâ, xo 6è ènl 4>àXr]pa, tv' el xô ev xaxa6Xyj6rî, xo àXÀo {yicfiçtxoiri axpi noXXou.
(3) Les mots èv *EXXà8i, en Grèce, n'offrent pas un sens raisonnable.
de Strabon, de Pausanias, et de récrivain auquel est empruntée la scolie sur le Gorgias, ont précisément pour objet la géographie, et même la topographie; et, à ce titre, ils ont, pour la question dont il s'agit, une importance toute particulière. Des inscriptions antiques, découvertes sur les lieux mêmes, en auraient plus encore. Malheureusement, à part la grande inscription jadis commentée par Otfr. Mûller, dans son mémoire de Munimentis Athenarum (Gôttingen, 1836), les textes épigraphiques n'ont guère éclairé jusqu'ici les recherches des ingénieurs et des antiquaires, sur les ports et sur les fortifications de TAttique. C'était une raison de plus pour ne pas négliger, en ce genre, le moindre débris antique. Or, dans sa description particulière du Pirée, M. Ruel ne parait pas avoir connu trois inscriptions précieuses, récemment retrouvées, qui marquent dans l'intérieur de ce port la limite de certaines stations assignées aux navires (1). Nous devons lui signaler cette omission, qui d'ailleurs, nous le reconnaissons, importait peu pour Tobjet principal de sa thèse, sur les relations du Pirée avec les deux ports de Munychie et de Phalère.
Ces observations, que nous aurions pu étendre, laissent voir que le jeune antiquaire n'a pas porté dans ce premier essai toute la rigueur désirable. Elles devront l'encourager à étendre le champ de ses travaux, et à corriger les imperfections de sa critique.
Pour finir ce rapport, nous devons rendre compte à l'Académie du seul changement notable que nous ayons apporté au programme des questions proposées pour les travaux de l'École française d'Athènes.
(1) Voir les Antiquités helléniques^ de M. Rangabé, n** 361, et les Comptes rendus de nos séances, 1868, p. 85. Aujourd'hui trois petites inscriptions de cette provenance sont réunies dans le Corpus Inscriptionum Atticarum^ de M. Kirchhoflf, n»- 319-321.