SUR LES TRAVAUX DES MEMBRES DE CETTE ÉCOLE
(première année, séjour a ROME, 1873-1874)
Messieurs,
Le titre seul du rapport que j'ai Thonneur de vous lire, au nom de votre commission de TEcole française d'Athènes (1), vous indique un changement considérable et heureux, que l'administration de l'Instruction publique vient d'accomplir dans le régime de cet établissement.
Dès la création de l'École, il avait paru bon' d'autoriser les jeunes humanistes, sortis des rangs de l'Université pour achever leur éducation en Grèce, à parcourir d'abord l'Italie, à y séjourner pendant quelques semaines, même
(1) Les membres de la Commission sont, cette année, MM. Ravaisson, Brunet de Presle, Rossignol, Egger, de Longpérier, L. Renier, Thurot, et les membres composant le bureau de T Académie.
pendant quelques mois. Le séjour de Rome surtout, une excursion, même rapide, à travers la ville éternelle, ses monuments, ses incomparables musées, semblait une introduction naturelle à l'étude des antiquités grecques. Mais, depuis longtemps, on remarquait l'insuffisance d'une préparation si sommaire, sans programme déterminé, sans direction. Il semblait aussi que l'antiquité romaine méritait d'être étudiée pour elle-même, dans son propre domaine. D'ailleurs, les musées et les monuments de l'art, en Italie, ne méritent pas seuls d'être visités; les bibliothèques italiennes recèlent bien des trésors inédits ; elles offrent, pour la critique des textes anciens, bien des ressources, qui ne manquent certes pas à nos bibliothèques nationales de France, surtout à celle de Paris, mais qui, on ne sait comment se l'expliquer, ne provoquent pas assez souvent parmi nous des vocations de philologues. En général, la philologie, seule base solide de toutes les études sur l'antiquité, ne tenait pas assez de place dans les travaux de l'Ecole d'Athènes. Vos commissions, dans leurs rapports annuels et dans la rédaction de leurs programmes, sollicitaient sans cesse les jeunes envoyés de la France en Grèce à s'occuper de grammaire savante, à coUationner des manuscrits importants, à rechercher les textes inédits. Dans ces dernières années seulement vos conseils, à cet égard, avaient pu se faire quelquefois écouter.
De ces réflexions et de ces regrets naquit et se forma, particulièrement sous l'inspiration de deux de nos confrères, M. Ravaisson et M. L. Renier, la pensée d'allonger et de régulariser le séjour en Italie des futurs membres de l'Ecole française. Notre Compagnie fut invitée d'office à s'en occuper ; c'est avec son concours et à la suite de ses délibérations, qu'un décret en date du 25 mars 1873 constitua, près de notre antique et illustre Académie de Rome,