VII. — RAPPORT SUR L'ÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES
commandeur de Rossi. Mais il est une qualité du maître que le disciple n'imite pas assez; nous voulons dire la prudence et la sobriété, dans l'interprétation des symboles. Rien n'est séduisant pour la sagacité d'une jeune esprit, comme de s'exercer à ce genre d'explications; mais ce n'est pas pour lui le plus sûr moyen de faire avancer la science. Recueillir et classer des faits ou inconnus, ou mal observés, est une tâche modeste, mais qui peut suffire à l'honneur des premières années dans une vie d'antiquaire. Aussi bien, c'est précisément le mérite que nous aimons à reconnaître, dans la troisième partie du mémoire de M. Bayet, où il a catalogué les représentations des Mages, éparses sur des monuments de l'art chrétien. C'est le mérite encore de sa « Note sur quelques monuments figurés qui portent des dates, pour servir à l'histoire de l'art byzantin ». M. Bayet connaît donc la bonne méthode ; il ne s'agit pour lui que de la suivre plus constamment, et de ne pas courir trop vite aux conclusions, dans des recherches qui ont par elles-mêmes bien assez d'intérêt pour satisfaire la curiosité des vrais juges, assez de mérite pour lui assurer d'honorables suffrages.
M. Mûntz, dont il nous reste à juger le travail « sur les
Mosaïques chrétiennes de l'Italie, d'après les monuments
originaux et les documents inédits », apportait à Rome une
grande passion pour l'histoire de l'art et l'expérience de la
publicité savante où il s'est déjà plusieurs fois exercé. C'est
un collaborateur apprécié de diverses revues scientifiques,
et en particulier des Archives de l'Art français^ que dirige
M. Anatole de Montaiglon, et il s'occupe d'un ouvrage sur
l'art français en Italie, et sur les artistes nos compatriotes
qui ont séjourné dans ce pays. Mais, comme membre de
rÉcole de Rome, il devait se vouer plus spécialement à
l'archéologie. Les conseils de M. Dumont ont dirigé ses
études sur les mosaïques chrétiennes du moyen âge; il en a poursuivi la recherche, la description et l'explication, avec une ardeur dont témoigne son recueil de deux cent soixante-cinq pages. De bien habiles maîtres lui avaient ouvert la voie, entre autres M. L. Vitet, par ses beaux articles du Journal des Savants j réimprimés dans la collection de ses œuvres; M. J. Labarte, dans son Histoire des Arts industriels, dont la seconde édition s'achève sous nos yeux; le commandeur de Rossi, dans ses divers et mémorables travaux sur les origines de Tart chrétien, et surtout dans le beau recueil des mosaïques de Rome, qui est en voie de publication. M. Mûntz s'inspire de leur exemple, et se dirige par leur excellente méthode. 11 observe par lui-même tout ce qui peut être observé; il réunit les témoignages qui éclairent l'observation, qui aident à restituer la forme primitive des monuments dégradés parle temps et par la main des hommes, à en fixer la date, à en déterminer les caractères. Soixante mosaïques du iv® au ix® siècle forment, en deux fascicules, un ensemble plein d'intérêt, où la critique trouve les plus sûrs éléments, pour reconstituer l'histoire de cet art dans l'Occident latin. On n'avait pas jusqu'ici rassemblé à cette fin un si grand nombre de descriptions et de documents. Le jeune antiquaire n'en tire pas encore des conclusions qui seraient prématurées dans l'état actuel de la science; mais on voit qu'il les a préparées déjà par de consciencieux efforts. Une fois complété, comme il le sera dans une deuxième année d'explorations, son travail devra être comparé avec ceux de ses collègues sur les mosaïques de l'Orient. De ces comparaisons sortira sans doute une vive lumière sur les points demeurés obscurs d'une histoire si difficile. Dès aujourd'hui, le manuscrit présenté à votre Commission lui a paru l'œuvre d'un esprit sagace et ferme, d'un savoir déjà mûr. Un spécimen publié récemment par