‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 70 sur 212 · XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. i · texte numérisé non relu

XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES. i

sciences et des beaux-arts. C'est en 1687 que Fénelon publie son charmant écrit sur TÉducation des filles, Fénelon que Louis XIV appelait le « bel esprit le plus chimérique de son royaume ». Or, j'en appelle à vos souvenirs (car nous avons jadis examiné ici l'ouvrage de Fénelon), les chimères de l'auteur ne vous ont-elles pas paru d'une réalité bien timide, et ses prétendues hardiesses bien voisines des scrupuleuses pratiques de son temps? Chez lui, comme autour de lui, règne une sorte de défiance à l'égard de l'esprit des femmes; il craint, comme jadis Montaigne (1), de les invitera des' études qui éveilleraient en elles un trop vif désir de savoir, une tentation de sortir de la sphère étroite où les enferment la modestie de leur rôle social, la sévérité du devoir religieux. En 1734, le bon RoUin, dans un Supplément à son Traité de la manière d'enseigner et d'étudier les Belles-lettres, opuscule qu'on a eu tort de ne pas réimprimer dans toutes les éditions de ce célèbre traité, se montre un peu plus hardi que Fénelon, mais encore bien réservé en ses conseils sur le même sujet.

L'expérience nous a rendus peu à peu moins craintifs à regard des nouveautés qui peuvent se produire dans le régime des écoles, plus confiants dans les forces de la raison, plus indulgents pour ses ambitions légitimes. De là tant d'efforts, qui se multiplient sous nos yeux, pour verser avec abondance les lumières de l'instruction dans toutes les régions de la société française, et pour rapprocher autant qu'il se peut les deux sexes par un enseignement qui se mesure et s'approprie aux besoins de notre vie privée. Certes, il n'est pas un ami de la jeunesse qui oublie que la meilleure part de l'activité d'une femme est et sera toujours réservée pour le foyer domestique; que là est le plus utile, le plus saint

(1) Voir un piquant chapitre de ses Essais (III, 3).

emploi des qualités que lui a départies la nature ; il n est pas un novateur sérieux qui songe à ébranler les bases de la yie de famille. Mais dans le sein même de la famille, et sans y encourager d'indiscrètes prétentions, on peut, on veut faire pénétrer les lumières, chaque jour accrues, de la science, le goût et la pratique de Tart. On se persuade de plus en plus que l'ignorance est une mauvaise gardienne de la vertu, souvent une méchante conseillère. Pour les femmes d'ailleurs, à qui si peu de professions lucratives sont ouvertes, tout surcroît de savoir utile est une garantie de plus contre les chances de misère; et dans les familles aisées, il n'y a pas de plus noble emploi du loisir que les fortes études, il n'y a pas de meilleur préservatif contre les écarls d'une sensibilité maladive.

Naguère, Mesdames, m'adressant aux écoliers d'un lycée de Paris (1), pour les défendre contre certains découragements de leurs familles, en présence de nos programmes sans cesse élargis, je leur montrais la nécessité, pour nos écoles, de se tenir au courant, comme Ton dit, du progrès des connaissances humaines ; je leur signalais, dans le domaine de l'histoire, de la géographie, des sciences physiques, tant de découvertes, qui agrandissent pour nous les horizons du passé comme ceux du présent; je les conviais au généreux désir de connaître tant de vérités nouvelles où le génie laborieux de nos compatriotes a eu sa large part d'invention.

Eh bien. Mesdames, lappel que je faisais au courage de nos lycéens, je ne crains pas de l'adresser à l'émulatioii de leurs jeunes sœurs, à la sagesse de leurs mères. Nous ne rêvons pas pour vos filles et pour nos élèves des cours d'études aussi étendus dans tous les sens que ceux des candi-

(1) Voir plus haut, dans ce volume, p. 80.

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