XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
dats à nos grades universitaires ou aux écoles du gouvernement. Nous savons ce que nous imposent les convenances de leur sexe et les conditions de la vie que le monde leur réserve. Mais, toute mesure gardée, nous les convions, elles aussi, à étudier avec courage l'histoire et, en particulier, rhistoire de leur propre langue, les belles-lettres, les sciences, pour devenir de plus en plus les dignes compagnes de rhomme dans une société transformée, en tant de choses, par le progrès des siècles.
Sans doute, il faut garder une place pour les lectures de simple agrément, et nous ne songeons pas à proscrire les œuvres d'imagination, les romans, par exemple, genre où notre littérature a produit tant de chefs-d'œuvre. Mais, quand on voit les mères si vivement préoccupées du choix à faire entre de telles œuvres, si souvent en quête de livres qui offrent une lecture agréable en même temps qu'innocente, on se demande s'il n'est pas avant tout salutaire de développer chez les jeunes intelligences une active curiosité pour les connaissances historiques et scientifiques, qui n'amusent pas toujours, mais qui peuvent toujours intéresser. Une fois habitué à cette forte nourriture, l'esprit se portera moins vers le plaisir des distractions frivoles ; les saines jouissances du vrai et du beau le détourneront des vains attraits de la littérature légère. Que si, dans l'histoire étudiée avec quelque développement, exposée avec franchise; si, dans la lutte des passions et des doctrines, il se présente çà et là des scènes dont une mère voudrait détourner les regards de sa fille, des erreurs dont elle voudrait la défendre, la raison affermie dès la jeunesse par un grave enseignement n'a rien à craindre de ces rencontres; elle est prête à se protéger elle-même. C'est donc la raison que nous voulons former de notre mieux par l'ensemble des leçons que vous venez écouter ici. En général, on la traite
avec trop de défiance chez les jeunes filles; justement fortifiée par réducation, nous la tenons pour capable de regarder en face un sophisme ou un mauvais exemple, sans en être troublée, sans être par là détournée de son devoir. Dans la variété des cours, des conférences, des écoles préparatoires qui se partagent autour de nous l'enseignement des jeunes filles, au milieu des concurrences qui se sont produites (quelques-unes, nous pouvons en être fiers, par l'effet même de notre modeste entreprise), le rôle que nous avons choisi est une sorte de milieu entre l'instruction tout à fait libre et sans objet professionnel et la préparation toute spéciale aux examens de l'État. Cette dernière, par la force même des choses, tourne plus ou moins à un mécanisme d'études où la demande et la réponse laissent trop peu de liberté à l'esprit; c'est ce que, dans l'Université, nous voyons, hélas! trop souvent par les épreuves de nos jeunes bacheliers. Ce que l'on regrette en Sorbonne, nous voudrions encore plus nous en défendre dans un enseignement qui s'adresse à des jeunes filles, dont quelques-unes seulement se destinent à enseigner un jour. Nous essayons d'une pratique plus libérale et, s'il est permis de le dire, plus généreuse. Cette méthode, nous avons eu le bonheur de la voir accueillie par vous, Mesdames, avec une faveur qui nous impose d'y persévérer. Mes collègues et moi nous avons tout fait pour nous inspirer de vos sérieuses pensées, pour mériter votre confiance par des leçons toujours empreintes d'un esprit de sage critique, d'un esprit largement et sincèrement religieux. Nous espérons la mériter et l'obtenir toujours.