XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
pierres gravées s'appelle une glyptothèque^ ou une dactyliothèque. Même en France, les catalogues de nos musées d'antiques sont pleins d'explications où les termes techniques, empruntés au grec, ont besoin à leur tour d'être expliqués pour le plus grand nombre des visiteurs. Là, par exemple, un bas-relief se nommera un anaglyphe; le manteau qui couvre les épaules d'une Pallas, est un ampechonium; un enfant qui joue au cerceau devient un éphèbe qui tient en main un trochus^ etc. Bien plus, la critique d'art et la critique littéraire se plaisent à exprimer leurs principes, ou à marquer les nuances de leurs jugements à l'aide de mots grecs qui n'ont pas toujours pour eux l'autorité de la tradition. Chez nos philosophes et nos artistes modernes, la théorie du beau s'appellera désormais, sans contestation, V esthétique; c'est d'Allemagne, je crois, que nous est venu ce néologisme peu utile, ce semble, mais consacré, quoiqu'il se heurte depuis quelques années avec Vanesthésie et les anesthésiqiies, nom d'une bienfaisante invention de la chirurgie moderne.
On ne finirait pas. Mesdames, si l'on se laissait aller aux doléances et aux justes réclamations que provoquent ces abus d'un philhellénisme si souvent déplacé dans notre langue. Vos livres d'étude en sont remplis, nos murs en sont couverts. 11 faut conclure, et je ne conclurai que par les plus simples conseils.
Vous le voyez, les deux langues que l'on dit mortes, et qui le sont en effet dans la bouche des peuples, continuent de vivre dans notre société moderne; elles y vivent d'une vie tout artificielle sans doute, mais qui nous les rend toujours présentes, toujours utiles, quelquefois nécessaires. S'ensuit-il que vous puissiez, que vous deviez leur donner dans votre éducation autant de place qu'elles en occupent dans l'éducation des jeunes gens qui se destineat aux pro-
fessions libérales? Assurément non. Mais si le grec, si le latin sollicitent, par occasion, votre curiosité, s'ils vous offrent un secours opportun pour assurer vos esprits dans l'étude des nomenclatures scientifiques, ou des origines de notre langue nationale, ou pour éclairer votre goût dans l'étude des chefs-d'œuvre des littératures antiques, ne fermez pas l'oreille à ces discrètes sollicitations ; montrez-vous hospitalières et bienveillantes envers la langue de ces grands peuples, qui restent pour nous les maîtres de l'art et de l'éloquence. Plus d'une fois, nous le savons par de louables expériences, le dévouement d'une mère s'est vu convié à apprendre même le grec, pour y seconder le travail déjeunes écoliers. Que les sœurs aînées s'encouragent aussi par cet exemple. Que surtout aucune de vous, Mesdames, ne redoute certain reproche dont ici même, l'an dernier, j'essayais de les défendre : le pédantisme, redirons-nous ensemble aujourd'hui, n'est pas dans le savoir qu'on possède, mais dans le méchant usage qu'on en fait. Or, quel meilleur usage d'un savoir varié que d'élargir et d'orner Tesprit, que de l'accommoder à tous les devoirs de la vie de famille, et de lui donner la passion des nobles plaisirs ?