XI. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES
dans les écoles de jeunes filles. Elle foisait partie de notre Association, assistait quelquefois aux séances de notre comité, et elle vous a même fait entendre ici quelques leçons que Ton n'a pas oubliées. Nous devons à sa mémoire un juste hommage de reconnaissance; nous lui devons aussi d'imiter l'exemple de son courage et de son sage esprit d'innovation.
De tous côtés, l'esprit d'innovation s'éveille autour de nous, surtout pour l'éducation des femmes. L'Angleterre et la Suisse ouvrent aux jeunes filles des établissements dont j'aimerais à vous entretenir, si le temps me le permettait sans abuser de votre attention. En France, nous voyons les pouvoirs publics préoccupés des mêmes besoins et du devoir d'y répondre par des fondations durables. L'institution que nous représentons n'a pas d'autre objet, vous le savez; mais elle gardera, nous l'espérons, son caractère propre au milieu des institutions rivales, j'aimerais mieux dire émules, pour écarter toute idée de concurrence intéressée. Elle se propose, sans perdre de vue les examens, de former avant tout les esprits, par un ensemble de connaissances qui leur fasse apprécier ce que vaut la science par elle-même, ce qu'elle a de grandeur réelle et d'attrait sérieux. C'est pour cela que je vous exprimais, l'an dernier, le vœu d'élargir les cadres de nos cours, en y faisant entrer au moins quelques notions élémentaires de philosophie. Certes, nous ne perdons pas de vue les programmes de nos épreuves officielles ; mais nous vous convions à n'en pas faire l'unique objet de votre zèle.
En France, une disposition générale se montre depuis longtemps déjà en faveur des grades et des diplômes, dans les familles même dont les enfants ne se destinent pas à l'enseignement ou aux écoles spéciales. Bien loin delà combattre, nous aimons à l'encourager, mais sous des réserves
et à des conditions que je voudrais brièvement vous signaler.
Les grades et les diplômes sont choses excellentes. Il ne nous déplaît pas de voir des jeunes filles rechercher en Sorbonne le titre, qui deviendra bientôt français, de bachelière es lettres ou es sciences; c'est là une ambition légitime, qui peut être récompensée par d'honorables succès dans renseignement public ou privé. Mais il ne faut pas abuser des diplômes. Personne ici ne souhaite que la société française ressemble à celle des lettrés chinois, où chacun tient un rang strictement déterminé par le grade qu'il a obtenu après examen. A ce régime, il ne manquerait plus que les règlements deSalente, chez Fénelon, où vous vous rappelez le bon Mentor fixant, pour les sept classes de citoyens, les sept costumes qui devront les distinguer, de manière que chacun, même dans la rue, sache ce qu'il doit ou ne doit pas d'égards à celui qu'il rencontre. Nous aimons une manière plus libérale de classer les mérites et de les reconnaître.
Les examens, d'ailleurs, si sagement ordonnés qu'ils soient, ont un grave défaut, que j'avouerai avec franchise, parce que, du même coup, je vous dirai comment il faudrait le corriger : c'est qu'ils ne se passent guère de programmes, et qu'ils font tourner trop facilement à la routine la préparation et les préparateurs, comme on les appelle aujourd'hui (1). J'ai de ce mal une trop longue expérience
(t) Par une exception que je trouve heureuse, malgré les réclamations de plusieurs familles, les examens du premier comme du second degré, pour les jeunes filles, n'ont qu'un programme très large, où se meut librement la conscience des examinateurs. On ne saurait trop conseUler aux mères et aux institutrices de s'y résigner bravement. Qu'jBlles soient bien assurées que la justice, aussi bien que l'indulgence compatible avec la justice, s'exercent beaucoup mieux dans ces conditions, que dans les bornes étroites et avec les divisions rigoureuses de tous nos programmes pour le baccalauréat.