‹ La tradition et les réformes dans l'enseignement universitaire: souvenirs et conseilsChapitre 97 sur 212 · XII. — HISTOIRE ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

XII. — HISTOIRE ET BON USAGE DE LA LANGUE FRANÇAISE

fait ressortir tous les mérites de leur classement et de leurs divisions, si commodes pour les calculs. Mais uû helléniste a peut-être le droit de vous dire que les savants auteurs de cette nomenclature savaient, eu vérité, trop peu le grec et qu'ils ont forgé, selon leur caprice, bien des termes barbares, ou d'une longueur fort gênante pour une bouche française. Aussi ne s'étonne-t-on guère des résistances que la foule oppose à ces savantes nouveautés. Je ne puis me défendre de quelque compassion quand j'entends une pauvre fruitière s'évertuer à crier qu'elle vend des cerises à « dix centimes le demi-kilo », quand il lui serait plus commode de dire « deux sous la livre », si le sergent de ville n'était là pour veiller à l'observation des règlements. Encore le kilo lui-même est-il déjà une abréviation du kilogramme^ que l'usage n'a pu supporter. Croyez, Messieurs, que le professeur qui vous parle n'est pas fier de ces abus, maintenant consacrés, et que, s'il y avait moyen de revenir sur le fait accompli, il s'emploierait, au moins pour ce qui est des mots (car sur les choses tout le monde est d'accord), il s'emploierait, dis-je, et de tout cœur, à réformer la réforme.

Heureusement, ce sont là des exceptions et, je le répète, il y a pour tous les honnêtes gens, en France, une langue moyenne et commune qui n'offre de difficulté sérieuse à personne : c'est le français que nos ancêtres ont créé durant des siècles, et dont je viens d'esquisser l'histoire ; c'est le français, que les grands écrivains ont enrichi et ennobli, et qu'ils soutiennent par leur talent au premier rang des langues littéraires et savantes. Aimez cette belle et bonne langue, comme une partie de notre gloire nationale ; efforcez-vous de la bien parler, dans la mesure de vos besoins et de vos devoirs. Profitez pour cela des exemples mêmes que nous donnons ici. Après tout, la distance qui sépare

votre éducation de la nôtre n'est pas telle que nous devions employer, pour ces conférences, une autre langue que ceUe de notre enseignement ordinaire, en Sorbonne, au Muséum ou au Collège de France. Voici la cinquième fois que je parle devant cet auditoire, et cela sur les sujets les plus divers ; j'ai eu jusqu a présent le plaisir de voir que je me faisais comprendre, sans rien sacrifier de la correction et de la dignité qu'un professeur consciencieux tient à honneur de garder toujours dans ses leçons. Ce soir, en particulier, votre attention sympathique et intelligente me prouve que je n'ai pas plus mal réussi que de coutume, et cette conviction est pour moi la plus douce récompense de mes efforts.

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