‹ La tradition et les semi-pélagiens de la philosophie: ou, Le semi-rationalisme dévoiléChapitre 4 sur 52 · MOTIFS ET PLAN DE CET ÉCRIT · texte numérisé non relu

MOTIFS ET PLAN DE CET ÉCRIT

$ 1- /i n'est pas vrai que la Congrégation de l'IM)e\ ait condamné le tradi- TioKXLiSME. La nécessité de constater ce fait est le premier motif du présent écrit. La nécessité de bien poser ta question entre le semi-ratioiTALisxE et le TRADITIONALISME en est le second.

1 OCT chrétien à qui Dieu a donné du zèle et quelques moyens de défendre ia vérité peut bien se taire tant qu'on n'attaque que sa personne; mais il ne peut pas, il ne doit pas se taire lorsqu'il voit qu'au nom de la vérité raêiiae on cherche à obscarcir, à fausser et même à calomnier la vérité.

Cela explique pourquoi nous qui, jusqu'à présent, n'avons pris aucune part à la controverse entre les nouveaux semi-pélagiens et les traditionalistes ; nous qui, jusqu'à présent, n'avons opposé que le silence aux attaques fort peu loyales que nous a livrées le rationalisme soi-disant catholique; nous enfin, qui, jusqu'à présent, nous sommes contenté de combattre, dans tous nos ouvrages, le rationalisme philosophique et àe/aire du traditionalisme, au lieu de le discuter et de le défendre, maintenant descendons, nous aussi, le front découvert, dans l'arène , pour rompre quelques lances en faveur de la méthode traditionnelle; pour dire, nous aussi , notre mot dans la question.

A l'oceasion de ia publication de ceriair.es propositions, et par un malentendu incompréhensible, les joutnau.x ont dit et répété, avec une légèreté inouïe, que Rome y le Sq/fiit- Siège, l Église (1) ont

(l) Voyez, eu |mrtKulicr, le Journal des Débuts du 12 janvier 1856.

4 LKS SEMÏ-PELAGIENS DE LA PHILOSOPHIE.

tendre, c'est encore moins, nous aimons à le constater, l'amour du paradoxe, l'esprit de chicane, la passion pour l'erreur ou la mauvaise foi que le plus regrettable malentendu.

Mais cette question tient aux principes de toute controverse religieuse , aux bases mêmes de la religion et de h foi et au terrain sur lequel on doit se placer pour les défendre, pour les venger. Il est donc très-important de bien poser , de bien définir les mots et les choses , de bien préciser le point de départ et les tendances des deux systèmes qui y sont engagés. C'est aussi ce qui nous a décidé à publier ce travail, et c'est ce que nous nous proposons d'y faire ; de manière à ue laisser rien à désirer à la bonne foi qui veut s'éclairerj et fermer toute échappatoire au sophisme, qui veut chicaner, et à l'hypocrisie, qui veut profiter de l'état de trouble et de confusion où se trouvent les esprits pour leur donner le change et pour calomnier.

§ 2. Deux autres motifs pour lesquels on a entrepris cet ouvrage : Le désir de faire mieux connaître la philosophie catholique, dont on indique les succès ; et la nécessité qiCil y a de combattre le SEMi-itATioNALisjiK de préférence au rationalisme absolu lui-même.

Le troisième motif qui nous a l'ait entreprendre cet ouvrage, c'est notre désir de développer encore mieux et plus aniplcment les grands principes, les nobles et sublimes doctrines de la philosophie dite « scolastique , » et qu'on dirait mieux « chrétienne ; » philosophie seule solide, seule vraie, seide en harmonie avec le dogme catholique; à laquelle nous Iravaillons depuis vingt-six ans et dont l'ignorance et l'abandon ont enfanté le chaos de la philosophie moderne , philosophie si pauvre, si stérile de tout résultat utile, si contradictoire, si absurde, malgré sa morgue et son orgueil, qu'elle a perdu tout droit à ce qu'on l'appelle « de la philosophie. »

En particulier, c'est un bonheur pour nous que la nature des doctrines que nous allons discuter ici nous fournisse l'occasion de revenir encore une lois sur la question capitale de l'origine dés idées, que nous avons abordée, mais que nous n'avons pu épuiser dans notre ouvrage sur ce sujet (1); et de faire ressortir encore davantage la vérité, la magnificence et l'immense portée du système scolastique sur les idées.

Il en est de même de la « Raison. » La controverse que nous allons soutenir sur sa puissance nous mènera à en faire mieux connaître

(1) De l'Origine des idées et du fondement de la certitude (Paris, I8»4, chez Vaton).

TTITlODrCTTOW. 5

la nature : discussion importante pour le temps qui court, où , après qu'on a tant abusé de la raison , on a uni par ne plus raisonner, et où les semi-rationalistes en particulier, ces avocats improvisés de la raison, sont convaincus par leurs propres écrits de ne pas connaître le client qails défendent ni la cause qu'ils plaident , moins par la science que par l'injure, moins par des raisons que par des cris! D'ailleurs, développer de grandes théories dans des livres de controverse, c'est leur donner de la variété et de l'importance; c'est leur assurer de la durée au delà du temps où la lutte aura cessé.

Qu'il nous soit permis ici de faire savoir aux amis du bien que , comme nous avons eu la satisfaction de l'apprendre par un grand nombre d'adhésions et de^lettres les plus encourageantes et les plus flatteuses, qui nous sont arrivées de tous les points de la France et de l'Italie (I), la philosophie catholique, telle que nous l'avons formulée, a été très-bien accueillie dans les écoles vraiment catholiques de philosophie, et que bien des professeurs de cette science se sont hâtés de la substituer aux systèmes qu'ils avaient précédemment enseignés.

Il est vrai que l'un des plus savants et des plus zélés défenseurs de la méthode traditionnelle, et par cela même \q signe de la contradiction , l'objet des attaques les plus virulentes et les plus acharnées de la part des rationalistes de toutes les nuances, l'honorable M. de Bonnetty, s'est donné le tort de se permettre une critique trop sévère de la philosophie scolastique, tout en respectant celle de saint Thomas. Mais il est vrai aussi qu'éclairé là-dessus par un de ses plus grands admurateurs et amis [il y a tbois ass de cela) il s'est empressé, avec la promptitude propre à la bonne foi ne cherchant qu'à faire triompher la vérité, de reconnaître ce tort. Il a adopté, sans aucune réserve, le système scolastique sur les idées, comme nous l'avons proposé (2) ; et depuis lors il n'a jamais dévié d'une seule ligne de la voie

(I) Au risqae d'être soupçonné de céder à un mouvement de vanité , aoiis croyons, dans l'intérêt de la cause que nous défendons en cet écrit, devoir publier, à la lin de ce volume, au moins quelques-unes de ces lettres, ainsi qu'une longue réponse que nous avons faite à l'une d'elles. Ces lettres prouvent le bonheur, l'entliousiasme même avec lesquels la philosophie, seule chrétienne , de saint Thomas , que nous avons voulu réhabiliter, a été admise par des âmes d'élite, ayant, avec le vrai sens philosophique, le vrai sens de Jésus- Christ, dont parte saint Paul (1 Corinth.); le bien que cette philosopliie fait dans le présent , et le bien encore plus grand que , n'en déplaise aux rationalistes purs ou bâtards , elle fera dans l'avenir, quelques efforts que l'on fasse pour l'empêcher de se faire jour et de s'établir. ; (î) 11 a fait encore pins. H a pris, à notre insu , notre défense contre des at-

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que le plus grand philosophe du monde , saint Thomas , a tracée à tous les philosophes chrétiens , tenant à faire de la philosophie qui puisse être avouée par la religion. En sorte qu'à l'heure qu'il est il est de notoriété publique que tous les philosophes traditionalistes, sans exception, se sont déclarés pour la philosophie de saint Thomas, et, en particulier, pour son système sur VOrigine des idées, et qu'ils le professent comme l'unique doctrine vraie, raisonnable, solide sur cette importante matière (1).

Ce qui est encore plus consolant et plus flatteur pour nous, c'est de voir que même des laïques se sont empressés d'ahjurer toute autre philosophie, pour revenir à la philosophie de saint Thomas dès qu'ils l'ont connue rien que parles essais incomplets que nous en avons donnés dans plusieurs de nos ouvrages, et que, dans ce moment, ils rivalisent de zèle pour la répandre et la faire connaître aux autres.

Au risque de nous brouiller avec sa modestie, nous citerons parmi ces hommes de science et de foi le savant et catholique auteur d'importants écrits sur des questions d'arclîéologie historique et d'actualité, le chevalier G. des Mousseaux. On nous a rapporté qu'il a acheté bon nombre d'exemplaires de notre ouvrage sur Yorigine des idées, et les a répandus parmi des étudiants de philosophie et dans certains séminaires. On nous a dit que plusieurs de ces étudiants, ravis de la belle doctrine de ÏAnge de l'École qu'ils y trouvèrent sur les idées, y ont attiré l'attention de leurs consciencieux professeurs ; et que la philosophie chrétienne qui a fait la gloire de la Sorbonne et de toutes les universités catholiques pendant tant de siècles , va faire son entrée triomphale dans des établissements oii se forment de jeunes lévites , et d'oiî on n'aurait dû jamais l'exiler pour lui substituer la philoso-

taques que nous n'avions pas provoquées et auxquelles nous avions dédaigné de répondre par respect de la corporation à qui leur auteur appartient et parce qu'elles ne pouvaient pas être excusées par l'ignorance et parla bonne foi.

(1) Voyez, en particulier, le savant et judicieux Opuscule de M. l'abbé Bensa, professeur de philosophie au grand collège de l'Assomption de Nîmes. L'article xi du premier chapitre de cet écrit, portant ce litre : L'esprit humain doit nécessairement se former, par lui seul , ses premières idées intellectuelles , ainsi que le reste du livre, est une profession de foi piiilosophique et un acte d'adhésion formelle au système scolastique sur les idées au nom de toute l'école traditionaliste. Enfin , les articles vui et ix du 1II« chapiue so!»t une réfutation vigoureuse que l'illustre et courageux auteur a faite d'une incompréhensible critique de nos Conférences, au point de vue philosophique, encore à notre insu, et pour laquelle nous prions cet apologiste si distingué des vraies doctrines catholiques d'accepter ici l'expression publique de notre reconnaissance.

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