‹ La tragédie acadienne [microforme]Chapitre 3 sur 8 · EN PREPARATION · texte numérisé non relu

EN PREPARATION

. Une romancière canadienne. — Laure Conan.

Cours de littérature canadienne. — Les historiens.

Service de librairie de l’Action française Immeuble La Sauvegarde + - - + - MONTREAL

Ce n'est pas de choses attrayantes que je viens entretenir le leeteur, et je serais fort empêché si l'on m'adressait le dic nobis placentia des anciens. Je viens raconter des horreurs, malheureusement trop réelles. Plût à Dieu que ce ne fût qu'un mauvais rêve ! Mais les documents sur lesquels notre récit va reposer sont d’une telle authenticité qu'il faut bien accepter leur réalisme brutal! et en prendre son parti. Il est impossible de récuser de pareils témoignages. Plus j'étudie la question acadienne, et plus je demeure surpris du peu de retentissement qu’elle a eu à l'époque où elle reçu une solution si inélégante. Il est vrai que Lawrence avait tout prévu, et qu’en supprimant le plus possible des documents qui la concernaient, et en arrangeant le reste à sa fantaisie, il s'était flatté de rendre l’histoire la complice silencieuse ‘et complaisante de son crime. Mais comment se fait-il que la France du temps ait accordé si peu d'attention à un te! fait ? La France du milieu du 18e siècle, — l’on sait quelle elle était, les idées qui l’inspiraient quant à sa politique coloniale en Amérique, particulièrement. Ses magnifiques possessions d'outre-mer, elle n’y était plus attachée que par un fil que sa rivale viendrait bientôt trancher. Dès lors, que pouvait bien lui faire le sort lamentable de quelques milliers d’habitants français, perdus sur des grèves lointaines que ne protégvait plus l'ombre de son drapeau ? Toujours est-il que la déportation de tout le petit peuple acadien fut à peine jugée digne de figurer dans la grande histoire d'alors, et que les échos qui s’en trouvent dans les pièces officielles britanniques nous la présentent uniquement sous un jour propre à la justifier. A les en croire d'ailleurs, ce fut une

—6— , chose bien ordinaire, sur laquelle il n’y avait guère à gloser, et qui n’était certes pa de ces grands hommes

u militari à l'exécution des hautes œuvres conçues par le Souverneur de la Nouvelle-Ecosse, | tiendrait un journal précis et détaillé de ses propres opérations, ainsi que de celles de ses subalternes, par toute l'étendue de la péninsule. Or, ce journal, écrit sur grand papier, relié en trois tomes, et déposé par le petit-fils de l’auteur, Isaac Winslow, aux archives de la Massachusetts Historical Society, ce journal où il n’y a ni orthographe, ni style, mais qui est tout plein de faits pris sur le vif, tout bourré de chiffres comme un inventaire, et où, de place en place, l’on relève des accents de compassion devant la souffrance des victimes, et aussi comme des sursauts de honte d’avoir à accemplir une telle mission, est un document de premier crdre qui nous révèle par le menu, sans phrases, sans sentimentalisme, du peuple acadien. C’est même 1 ment parler. Et certes, il suffit tout ce qu’elle a eu d’a” blable. Ce récit est d’a est bon de le noter, une sympathie pour les Acadiens, -t-il conscience de remplir

que sorte à son insu, car,

il est bien persuadé de travailler

rand. D'où l’incomparable valeur

n’en déplaise aux historiens anglais

qui nous assurent qu’en somme la déportation s’est accomplie aussi humainement que possible, et qu’elle n’a rien eu de plus cruel que ce que nous présentent les traditions colo-

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niales des divers établissements européens dans les deux

. Amériques, il ressort avec évidence du journal de Winslow

que ce fait, condamnable dans son principe, inoui dans les annales de l'ère chrétienne, a été exécuté avec une dureté, une férocité de moyens qui en font le crime le plus grandiose que l’histoire eût encore enregistré. Que l’on se rappelle les conclusions de l’étude que nous avons présentée, il y a deux

ans, à savoir que les Acadiens, depuis les quarante années

qu'ils étaient retenus malgré eux sous le joug britannique, n'avaient absolument rien commis qui méritât l’ombre d’un châtiment. Et cependant, celui qu’on leur a infligé est le plus grand après la peine de mort : première iniquité ; et ce châtiment a été aggravé de toutes les circonstances qui pouvaient le rendre le plus âpre et le plus abominable. En sorte que ces pauvres paysans français, au lieu d’avoir toujours été soumis, respectueux et paisibles, auraient eu à leur charge les infractions les plus considérables envers l'autorité, celle-ci n’eût pu frapper leur culpabilité de plus de peines que leur complète innocence n’en a subies. Car, si la sentence de mort n’a pas été prononcée contre eux, elle a été cependant, pour des milliers d’entre eux, la conséquence nécessaire, l’aboutissement fatal des mauvais traitements qu'ils ont endurés dans l'exil, où la famine, les maladies infectueuses, les tortures physiques et morales devaient les décimer après une agonie plus ou moins longue. Et l’on se demande s'il n’eût pas mieux valu pour eux être passés immédiatement au fil de l’épée, qu’aller traîner en terre hostile un esclavage qui a broyé leur âme, déchiré toutes les fibres de leur cœur, à tel point que la mort leur apparaissait comme une libération. !

Le Journal de Winslow est donc la maîtresse pièce qui a permis de reconstituer le récit même de la déportation et de bien mesurer les proportions des premiers actes de la Tragédie Acadienne. Il y en a eu plusieurs, en effet. Ce serait une grande erreur de s'imaginer que, la proscription accomplie, fût-ce dans les conditions les plus épouvantables, les déracinés aient été mis à même de se refaire, en de nouveaux entours, une existence convenable, de se recom-

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poser une vie qui, sans avoir, certes, les grâces de l’ancienne, leur eût encore offert quelques éléments de bonheur. - Il semble que ce soit là le vœu que Lawrence ait formé pour eux, à la fin de la circulaire par laquelle il informait les gouverneurs des diverses provinces royales, du bannissement des neutres français. Or, étant donné ce que nous savons de la réception qui leur fut faite, et que Lawrence ne pouvait pas ne pas prévoir avec certitude, ce souhait, de sa part, n'est pas le fruit de l'ignorance de l'état d'esprit puritain et sectaire des milieux où il allait semer les victi-

mes de sa politique sans entrailles, il n’est pas non plus le.

fruit d’une ironie, si amère qu'on la suppose: il est simplement la manifestation d’une hypocrisie grossière et bien digne de ce personnage. Lawrence. savait parfaitement le genre d'accueil qui attendait les Acadiens, mais.il n’a pas voulu se refuser le plaisir de leur souhaiter succès et prospérité dans la carrière que leur ouvrait son décret d’expulsion. Ne faut-il pas toujours observer les lois de l'étiquette officielle ? Un peu d’eau bénite de cour, cela fait si bien, même par dessus une monstruosité. Et donc, la déportation, loin d’être un épisode accidentel qui a interrompu un moment des destinées qui devaient vite se reprendre, fut en réalité un sombre prologue : le drame horrible devait se dérouler pendant des années et des années, à travers une infinité de péripéties qui donnent le frisson. Et de même que, pour les scènes premières, nous avons dans Winslow une source d’information extrêmement précieuse, les archives des divers Etats ont gardé les pièces relatives aux infortunés qui furent débarqués sur leurs plages en 1755, 1756 et audelà, et qui furent reçus à contre-cœur, humiliés, maltraités, considérés comme des êtres dangereux, confiés à l'assistance publique qui leur distribua avec parcimonie- ses secours, quand elle ne les leur refnsa pas complètement, souvent emprisonnés, fouettés. A Boston, particulièrement, il y a deux énormes registre: où ont été recueillis les originaux de toutes

1 ‘it was judged a necessary and the only practicable measure to divide them among the Colonies where they may be of some use, as most of them are healthy strong people. and they may become profitable, and it is possible. in time, faithful snbiects”. — Geo. Lawrence to the &overnors on the Continent, Halifax, 11 Augt. 1755. — N. S. D. p. 278.

les procédures, enquêtes, requêtes, délibérations auxquelles

l’arrivée-de.ces .pariss dans le Massachusetts, leur distribution ici et là, les années d’exil qu'ils y ont passées, ont donné lieu. Oh ! que ces documents font mal à lire ! Quelles plaintes amères s’en exhalent ! Comme ils sont tout baignés de larmes et de sang ! Dans quelle situation sans issue furent plongés ces français neutres !

C'est à l’aide du Journal de Winslow, et des informations puisées dans les archives américaines, celles de Boston surtout, que nous allons essayer de donner quelque idée de la Tragédie acadienne. La matière est immense. 1] ÿ faudrait un grand ouvrage, où l’inédit abonderait. Car cette question n’a jamais été qu’effleurée. Nous ne pourrons qu’en dessiner les grandes lignes. J'ai dit que j’utiliserais surtout les archives du Massachusetts. Elles sont d’abord plus riehes, plus fournies que celles des autres Etats sous ce rapport. Puis, il y est sujet, non pas seulement des Acadiens qui ont séjourné dans les limites de cette province, mais assez souvent des autres. Plusieurs des vaisseaux qui emmenaient leur cargaison d'exilés ont fait escale dans le port de Boston, avant de réprendre leur route vers l'endroit qui leur avait été marqué. C’est là que les proscrits ont été débarqués en plus grand nombre. La manière dont on les y a traités ne diffère pas sensiblement de celle qui fut adoptée ailleurs : avec quelques variantes, ces malheureux ont été partout comblés d’ignominies. Boston était le centre et a en quelque sorte donné le ton. Et nous pourrions répéter à son propos le texte classique : ab uno disce omnes. M. Alfred Poizat a dit que les grands poètes tragiques n’ont pas inventé le sujet de leurs drames : « les sujets tragiques, c’est la vie qui les crée à travers l’histoire et la légende >: Examinons donc ce sujet que la vie a créé à travers l’histoire d'Amérique au dix-huitième siècle. Rien qu’en suivant de près, d’après les sources, la réalité, nous toucherons un fond tragique au prix duquel les plus sombres horreurs du théâtre de Shakespeare paraîtront d’aimables fables.

1 Le Symbo'isme, De Baudelaire à Claudel. Introduction, p. 34. (La Renaissance du Livre, Paris 1919)

Nous sommes au commencement de septembre. C’est la belle saison en Nouvelle-Ecosse, et particulièrement dans cette région que Longfellow devait immortaliser et qui a gardé le nom de vallée d’Evangéline. Winslow est à Grand- Pré. Il s'était, depuis quelque temps. déjà, commodément installé dans le presbytère, et avait transformé la place de l'Eglise en camp retranché. Prebble, l’un de ses lieutenants, l'avait félicité d’avoir fait un tel choix pour sa résidence : « Nous nous réjouissons d'apprendre que vous êtes arrivé sain et sauf aux Mines, et aussi de savoir que vous avez d'aussi bons quart: *s-généraux pour vous et pour vos soldats, étant donné j1e vous avez pris possession du presbytère. J'espère que vous remplirez à merveille les fonctions de prêtres’. Par un ordre du jour en date du 7 septembr2, le lieutenant-colonel avait convoqué pour les trois heures de l’après-midi, dans l’église de Grand-Pré, les hommes et les jeunes gens de ce village et des villages avoisinants, à l'effet de leur communiquer les dernières instructions de Sa Majesté. Ses subalternes, Murray, Prebble et autres, devaient tenir de semblables réunions dans les autres régions de la province confiées à leur zèle. Malgré les événements extraordinaires de ces dernières semaines, le ravissement de tout ce qu’ils possédaient en fait d'armes à feu, l’emprisonnement dans la petite île Saint-Georges de cent quinze délégués que Lawrence avait mandés à Halifax, tout ce déploiement militaire autour de leur petite église paroissiale, il semble que les Acadiens ne s’attendaient pas au coup de foudre dont leurs bourreaux allaient les frapper. Wins-

1 “Forte Cumberland — Aug. 24th, 1755. -- we rejoyce to hcar of your safe arrival at Mines and you well pleased that you are provvd with so good quarters for yourself and soldiers and as you have taken possession of the Fryars House, hope you will execute ye office of a Priest...” Jedediah Prebble. —- (Winslow’s Journal, N. S. H. S. vol III, p. 99).

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low, parcourant les Campagnes, à la veille de prononcer contre ce peuple la sentence qui va le briser à jamais, note dans son journal :! « Température magnifique. Les habitants sont très occupés à faire leurs moissons ». A l'heure dite, le 5 septembre, — un vendredi — l’église se remplit de quatre cent dix-huit hommes et jeunes gens, et le lieutenant-colonel, debout devant une table placée dans le chœur, adresse à l'assemblée une proclamation de laquelle nous détachons les Passages les plus saillañts : «Je suis ici pour vous faire savoir les ordres du Roi à votre égard. Le devoir que j'ai à remplir, bien qu’impérieux, répugne à ma nature et à mon tempérament, comme il Va vous répugner à vous-même, qui êtes de la même espèce que moi. Mais il n’y a pas à tergiverser : vous et moi n’avons qu'à obéir. Vos terres, vos maisons, tous vos troupeaux, tout votre bétail, sont confisqués au profit de la Couronne, ainsi que tout ce que possédez, sauf votre argent et vos ustensiles CG ménage ; quant à vous, vous allez être déportés hors de la province. Et tous les habitants français de ces districts auront le même sort. Je ferai tout en mon possible pour que les familles entières

Majesté. Je fais des Vœux pour qu’en quelque partie du monde où vous tombiez, vous deveniez des sujets fidèles et formiez un peuple paisible et heureux. En attendant, nous vous déclarons que vous êtes prisonniers du Roi »°

Voilà la première scène du drame que j'ai entrepris de vous exposer. Elle ne manque pas de caractère. Et, pour en mettre mieux en relief les divers éléments, faisons-en l’analyse. Elle comporte d’abord une escroquerie de grande envergure. Les Acadiens sont dépouillés de tout ce qu’ils possèdent, biens meubles et immeubles : on leur permet seulement de garder l'argent qu'ils peuvent avoir et d’emporter avec eux quelques effets de ménage, household goods. Mais

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1 “1756, September the 4th. A fine day and the inhabitants very busy about their harvest.….” Journal, ibid. p. 94.

2 Winslow Journal, ibid. 94-95.

ce dernier privilège va se réduiré à peu de chose, avec la restriction formulée par Winslow, à savoir en autant que cela n’encombrera pas trop les bateaux sur lesquels ils vont ctre embarqués. Or, ces bateaux seront en petit nombre, et les proscrits y seront entassés comme des sardines ; ils en occuperont les cales et même les ponts ouverts à tous les vents du large ;: ces chargements humains dépasseront de beaucoup leur jauge. En sorte qu'il ne restera pas d’espace libre pour ces humbles objets familiers dont on leur parle. Quant à l’argent, ils n’en ont jamais touché beaucoup. Leur richesse consiste essentiellement en biens-fonds et en larges troupeaux. C'est la plus stable de toutes. Et elle est considérable. La pauvreté est inconnue en Acadie. Et jamais colonie n’a joui d’une prospérité plus générale et plus réelle.

La base de cette prospérité, c’est la terre qui y est extrème- .

ment fertile, ces belles prairies basses qu’on a arrachées à la mer, grâce à ces ingénieux endiguements qu’on appelle aboîteaux, et où les moissons lèvent avec abondance. Ce sont encore ces immenses troupeaux qui fournissent aux habitants, avec le lait et la chair pour se nourrir, la laine pour leurs vêtements. En s’emparant de tout cela, le gouvernement ruine donc du coup cette population. On a calculé qu’en bestiaux seulement, les Acadiens avaient pour une valeur d’au moins deux millions, ce qui était énorme pour l’époque, et vu le chiffre des habitants. Ce n’est pas une réquisition que l’on opère sur eux, et l’on n’est d'ailleurs pas en temps de guerre ; ce n’est pas 7 n plus une détention momentanée ; il n’est pas question davantage de les rembourser de ces confiscations. L'on fait, sans autre forme de procès, main basse sur tout ce qu'ils ont, sans leur promettre compensation quelconque en d’autre lieu ; on jette sur le pavé ces propriétaires à l’aise, on les réduit au dénuement le plus complet. En us instant, voilà qu'est aboli un état social qui n’a peut-être pas eu son pareil dans l’histoire, à ce seul point de vue de l’égale répartition des biens matériels. Mgr Touchet, repassant à grands trait”, dans son discours pour les Arméniens, les dévastations commises par les Allemands partout où ils ont porté leurs armes, dit ceci:

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«Ils ont fait pleurer la beauté du monde»! Il y avait, dans la péninsule de laNouvelle-Ecosse, une forme de beauté qui naissait, non seulement de la qualité des âmes qui l’habitaient, de la pureté de leurs mœurs, de leurs vertus évangéliques, mais encore de l'harmonie avec laquelle la Providence y avait répandu la saine prospérité. Cette beauté, les Anglais l'ont ravagée à jamais ; et ils ont ainsi fait pleurer également la beauté du monde. La beauté quelle qu'elle soit, c'est quelque chose qui appartient en quelque sorte à l'univers entier ; y toucher, la profaner, la diminuer, la détruire, c'est attenter au trésor du monde. Car, les ordres de Lawrence étaient précis : tout ce qui ne pût pas être converti en espèces sonnantes ou devenir une proie facile aux mains des forbans qui entouraient le gouverneur, fut réduit en cendres. Eglises, maisons, granges, moulins, moissons, tout cela fut brûlé. « Vous ferez le désert derrière vous, avait mandé cet homme : ce qui ne pourra pas être emporté ou vendu, devra être livré aux flammes. Il faut décourager, par un tel spectacle, ceux des proscrits qui seraient tentés, un jour ou l’autre, de venir s'établir sur leurs anciennes terres ».° Et donc, la proclamation de Winslow réduit les Acadiens, — ces gros habitants, comme qui dirait, — à la mendicité. II leur annonce ensuite qu’ils vont être déportés. Il ne dit pas où. Ce n’est pas d'expulsion qu'il s’agit. Ce serait déjà une grande cruauté. Mais enfin, les victimes auraient du moins la liberté de leurs mouvements. Le choix de leur exil ne leur est pas laissé. Elles iront là où on les mènera, en lieu sûr. Le colonel ajoute qu’il s’efforcera de mettre les mêmes

1 “C'est njuste, ce barbare, cet incendiaire de cathédrales, qui fait pleur-r la F-auté du monde.” Pour les Arméniens. Discours prononcé par S. G. Monseigneur Touchet, Evêque d'Orléans en l'église de la Madeleine, F2 sn 13 ‘février 1916. Page 4. (Paris, Bloud et Gay, éditeurs. ’

% “You will destroy all the villages on the North and North West Side of the Isthmus chat ly st any distance from the Fort oi Beauséjour, and use every other method to distress, as much as can be, those who may attempt to conceal themselves in : the woods.…”’ (Lawrence to Monckton, Halifax, 8 Aug. 1755, N. 8. D. p. 270). — ‘you must proceed by the most vigorous measures possible not only in compelling them to embark but in depriving those who shali escape of ail means of shelter or support by burning thetr houses, and by destroying every thing that may afford them means of subsistence in the country”. (Instruc.ions for Wins'ow, etc., N.S.D. p. 272).

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familles sur les mêmes vaisseaux, de manière à empêcher qu'elles ne svient démembrées : ] shall do everything in my power that whole familys shall go in the same vessel. Donnons-lui crédit de cette intention > nous croyons qu'elle fut ‘sincère. Aucun document ne contient d'ordre contraire ; et l'on .he peut soutenir que la barbarie des autorités ait été jusqu’à commander que les familles fussent disloquées. Mais dans la pratique, c’est cependant ce qui s’est produit dans un très grand nombre de cas, j’oserais dire dans la presque majorité des cas. Car Winslow ne put être partout pour veiller à ce.que sa parole sur ce point fut respectée. Il avait, par exemple, dans Murray, un subalterne qui.ne manquait pas de lettres, — sa correspondance, à l'écriture très belle, est émaillée, à l’occasion, de souvenirs classiques, — mais

. Qui procéda dans l'exécution de son mandat avec. une fureur. .. &lacée. Et à Grand-Pré même, où présidait le colonel en

personne, l’embarquement des proscrits a été loin de se

faire avec discipline et mesure. En somme, la confusion la

plus extrême a marqué cet acte aux divers endroits assignés pour le rendez-vous des proscrits. D'abord, les vaisseaux ont mis du temps à venir, et ces retards énervaient les autorités, les agaçaient, elles qui voulaient faire vite et se débar-

‘rasser au plus tôt de cette besogne. Puis, il n’en vint pas

assez, et l’on fut obligé de surcharger tellement les navires que tout le monde en perdait la tête. Et il semble également que tous ces bourreaux du peuple acadien, Lawrence tout le premier, aient été surpris et effrayés de l’immensité de la tâche qu’ils avaient entreprise : envoyer tant de monde en exil. Dans une lettre aux Lords du Commerce, le gouverneur avouera que ce ne fût pas une petite chose que d’expulser

&uch a prodigious number of people, un nombre si prodi-

gieux d’habitants’ Il en est donc résulté que la promesse solennelle faite par Winslow s’est trouvée vaine. L’embarquement des Acadiens a été opéré dans de telles conditions de hâté, au milieu d’un tel désordre que l’on ne s’y recon-

"1 “..the securing and embarking such a prodigious number of French

inhabitants””. (Lewrence to Sir Thomas Robinson, Sec. of State. Halifax, 30 nov. 1755. N. S. D. P. 285).

EN

naissait plus. Séparées, au point de départ par la force des circonstances, comment les familles auraient-elles pu se rejoindre au point d'arrivée, quand les bateaux qui emportaient ces malheureux faisaient voile pour les diverses colonies du continent, depuis le Massachusetts jusqu’à la Caroline du Sud et la Georgie ? Nous insistons sur ce fait, qui

‘ peut, si l’on le veut, avoir eu dans son principe, quelque

chose d’accidentel, qui n’a pas été l’objet d’un ordre exprès, Mais que la cause ait été indépendante ou non de la volonté des auteurs de la déportation, les conséquences en ont été les m'mes pour les victimes ; et il est facile de comprendre tout ce qu’elles ont eu d'aggravant pour leur sort déjà si lamentable. Il y a eu des familles qui ont été ainsi démembrées à tout jamais, d’autres dont les éléments n’ont pu se réunir qu'après dix, vingt, trente années de recherches. Il y a d’ailleurs une formule de droit qui ne permet pas de ne pas rendre Winslow responsable, en dépit de son engagement, de cette dernière infortune : lorsque l’on pose une cause mauvaise, l’on accepte et l’on prend sur soi tout ce qui en découle. Or, il est assez prouvé que la déportation même porte tous les caractères qui constituent le crime. Par conséquent, l’on ne saurait exonérer ni Lawrence ni aucun de ses soudards de tout ce qui est venu se greffer sur cette infamie, comme une conséquence nécessaire, pour la rendre plus noire et plus irrémédiable. Quoiqu'ils en aient dit, ils

ont voulu éparpiller sous tous les cieux les pierres du foyer! acadien.

Le récit du premier embarquement à Grand-Pré nous est dorné au long par Winslow; que l’on me permette d'en citer quelques extraits : cela renseignera sur ce qui s'est passé ailleurs, pendant plusieurs mois qu'ont duré la chasse aux victimes et leur rassemblement dans les divers ports de la péninsule : «10 septembre. J'ai remarqué ce matin parmi les Français une agitation inaccoutumée qui m'a donné de l'inquiétude. Afin de protéger le service de Sa Majesté, nous convinmes, mes officiers et moi, de séparer

! C'est le titre d’un remarquable ouvrage de M. Henry Bordeaux.

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les prisonniers, et d'en faire monter cinquante sur chacun de: cinq vaisseaux arrivés de Boston, et de commencer par les jeunes gens. Le capitaine Adams: et les capitaines des vaisseaux reçurent ordre de tout préparer pour l’embarquement des captifs. Je fis venir le père Landry, celui d’entre les Acadiens qui parlait le mieux l'anglais. Je lui dis que nous allions commencer l’embarquement d'une partie des habitants, que nous avions décidé d’en embarquer 250 le jour même, et que nous commencerions par les jeunes gens. Je le .chargeai d'avertir ses compagnons de cette décision qui l’a beaucoup surpris. Je lui dis qu'il fallait que la chose se fit, que je donnerais ordre de mettre tous les prisonniers en lignes de six hommes de front, avec tous les jeunes gens à gauche, et que la marée ne me permettait pas de leur accorder plus d’une heure pour se préparer. Toute la garnison fut appelée sous les armes et placée derrière le presbytère entre l'église et les deux portes de l'enceinte palissadée. Selon mes ordres, tous les habitants français furent rassemblés, les jeunes gens placés à gauche. Ensuite, j'ordonnai au capitaine Adams, aidé d’un lieutenant et de 80 sous-officiers et soldats, de faire sortir des rangs 141 jeunes gens et de les escorter jusqu'aux transports. J’ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous répondirent qu'ils ne partiraient pas sans leurs pères. Je leur dis que c'était là une parole que je ne comprenais pas, car l’ordre du roi était pour moi absolu et devait être exécuté impérieusement ; que je n’aimais pas les mesures de rigueur, et que le temps ne permettait pas de pourparlers ou de délai. J'ordonnai à toutes les troupes de mettre la baïonnette au canon et de s’avancer sur les Français. Je commandai moi-même aux quatre rangées de droites des prisonniers, composées de vingt-quatre hommes, de se séparer du reste ; je saisis l’un d’entre eux qui empêchait les autres d’avancer et lui ordonnai de marcher. Il obéit, et les autres le suivirent, mais lentement. Ils s’avançaient en priant, en chantant et en se lamentant, et sur tout le parcours (un mille et demi) les femmes et les enfants à genoux priaient et faisaient entendre de grandes lamentations. (Dans le texte original de Winslow, aux archives de la

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