‹ La tragédie acadienne [microforme]Chapitre 4 sur 8 · EE · texte numérisé non relu

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Mass. Hist, Soc., les mots great lamentations ont été soulignés, et vis-à-vis ont été mis à la marge ces deux mots : no wonder ! ce n'est pas étonnant !)J'ordonnai ensuite à ceux qui restaient de choisir parmi eux cent neuf hommes mariés qui devaient être embarqués après. les jeunes gens... Ainsi se termina cette pénible tâche qui donna lieu à une scène navrante. Thus ended this troublesome job v ich wae &æscene of sorrow’. ! :

Ce récit est typique. Si Winslow, qui avait pourtant promis de montrer de l’humanité dans l'exécution des ordres qu'il avait reçus, a agi avec ‘une telle rigueur, à quelles brutalités ne se sont pas livrés ses officiers qui opéraient ailleurs, et qui avaient les mains libres ? La scène de navrance dont il parle à la fin ne fut que le ‘prélude des scènes de désespoir dont les rivages de l’autrefois riante Acadie ont été le théâtre durant de longs mois. En une autre circonstance, il lui échappa de dire : « J'en ai pesant sur le cœur et sur les mains»: Et encore : «J'ai haté d'en avoir fini avec cette ennuyeuse affaire qui est la plus pénible de toutes celles que j'ai jamais eu à accomplir ».® :Ces derniers mots sont dans une lettre à Handfield, qui opérait à Annapolis, Port Royal. Et celui-ci: de répondre à son commandant : «Je m'unis à vous de tout cœur pour souhaiter que nous fussions quittes tous les deux de cette sale besogne..»* Voilà des aveux qui ont leur importance et qui en disent long sur les abominations qui ont accompagné la déportation, car es militaires n'avaient rien, de ce qu’on appelait en France dix-huitième siècle « l’homme sensible ». L'on aura remarqué aussi sans doute combien, dans ce premier embarquement, Winslow s'occupe peu de voir à ce que les mêmes familles prennent place ensemble. Le colonel a bien d'autres soucis ?

1 (Journal, Ibid. p. 108-9-10). | a -

3 ‘Things are now very heavy on my heart and hands...” (To Murray, From Grand-Pré, Sept. 5th., 1755). (Journal, p. 97).

8 ‘that once at length we may get over this troublesome affair, which is more -grevious than any service I.was ever employed

to me in...” (To Handfield, Sept. 19th, 1755. Journal, p. 134). « “I hartily joyne with you in wishing that we were both of us got over this most disagreable and troublesome part of the service...” (John Handfield to Winsiow, Annapoiis Royai, Sept. 3rd 1755, Journal, p. 142).

C'est en octobre seulement, quand déjà les proscrits étaient à bord depuis des semaines, que les premiers bateaux firent voile vers les colonies, Jusqu'au printemps de 1756, la mer fut sillonnée de navires débordant de malheureux qu'ils allèrent jeter sur les plages de l'Atlantique. Et ici commence le deuxième acte interminable du sombre drame : l'exil des Acadiens sur des côtes inhospitalières, leur épar-

t dans les milieux les plus fanatiques, les plus fermés à tout sentiment de pitié, les plus âpres, les plus ‘durs qu'il fût possible d'imaginer. Dante a parlé de l'exii en homme qui en avait senti la morsure : « Tu laisseras tout <e qui t'est Je plus cher, mais ce n'est là que le premier

qu lance l'arc de l'exil. Tu éprouveras combien est amer le pain de l'étranger, et quel dur chemin c'est de gravir et descendre l'escalier d'autrui ». Ces vers font écho à ce que l'esprit de Dieu avait inspiré au prophète : «là où on est reçu comme étranger, est-il écrit au livre de lEcelésiastique, on n'ose Pas ouvrir la bouche. Mon fils, Puisses-tu ne pas mener une vie de mendiant ! Mieux vaut mourir que de mendier. Quand un homme en est réduit à regarder vers la table d’un autre, sa vie ne saurait compter Pour une vie. C'est une triste vie que d'aller de maison en maison »° Toutes ces humiliations, toutes ces tristesses pires que La mort, vont être désormais le lot de ces paysans autre fois très à l'aise, qui vivaient heureux et paisibles sur les domaines que leurs pères avaient défrichés, et où ils trouvaient, dans un labeur consciencieux, le contentement de Tesprit, et les biens nécessaires à leur subsistance. Et que de cruautés de tout ordre vont venir s'ajouter à leurs premiers malheurs, pour alourdir leur existence errante ! Ces sans-patrie vont être pris dans un enchaînement d’infortunes

qui aura quelque chose d’inextricable. Des avalanches de

ù on les a envoyés.

les gouverneurs des provinces de l’arrivée de ces parias. La moindre convenance

2 Par XVII, 55-60.

‘ Eecli. ch. XX1X et ch. XL.

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