‹ La tragédie acadienne [microforme]Chapitre 7 sur 8 · FSSUERESRNEN PANNES AGEN PIE EERUDEEEN SES STONE · texte numérisé non relu

FSSUERESRNEN PANNES AGEN PIE EERUDEEEN SES STONE

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Il est de Thomas Hutchinson, qui devint plus tard gouverneur de la province et qui .s’en fit le premier historien. Laissez-moi vous le citer. Il nous reposera des émotions et des frémissements que les notations précédentes ont soulevés en nous :

€ À son Excellence William Shirley, etc. Votre pétitionnaire ayant été informé de la profonde détresse dans laquelle étaient les habitants français, à bord des bateaux récemment arrivés dans ce port, est allé visiter l’un de ces bateaux où il a trouvé plusieurs des Passagers en train de périr, par suite des souffrances qu’ils avaient endurées ; entr’autres une veuve respectable et âgée, qui était gravement malade depuis quinze jours sans avoir reçu le moindre soin. Votre pétitionnaire ordonna qu'elle fut débarquée et logée dans une de ses maisons, et pourvût également à ce qu’elle fut soignée. Mais toutes ses attentions furent ineffcaces : elle est morte quelques jours après. Avant de rendre le dernier soupir, elle me supplia, au nom de notre commun Sauveur, d’avoir compassion de ses enfants, savoir deux fils, deux filles et un petit-fils. Ces enfants ont depuis demeuré à Boston et ont eu fréquemment recours au pétitionnaire. Mais ils m’informent maintenant que l’on veut les transporter dans quelque lointain village et cela les met au désespoir. Votre pétitionnaire demande humblement que cette petite famille du nom de Benoit continue à habiter Boston, ou qu'elle aille résider à Cambridge avec une famille du nom de Robichaud. Et il est prit à se porter garant, s’il le faut, de la correction de la conduite de ces malheureux enfants...»

C'est là tout ce que les documents officiels du Massachusetts nous présentent en fait de sympathie et de compassion accordée aux infortunés Acadiens. C'est peu, mais cela suffit pour nous faire bénir le nom de celui qui a senti ses entrailles s’émouvoir devant tant de malheurs immérités. Parmi tous ces puritains soi-disant évangéliques, Thomas Hutchinson est le seul qui ait montré à l'égard de ces neutres français de la charité chrétienne.

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C’est une notion philosophique, basée sur la nature des

. Choses et sur l'expérience, que le mal est essentiellement

stérile. Et la métaphysique va jusqu’à dire qu’il est le nonêtre, non ens. Et comment le non-être produirait-il des résultats appréciables, à quelque point de vue que ce soit ? Le bien seul fonde. Le mal est, en soi, un agent de ruine et de mort. Entre tous les crimes qui furent jamais commis, et qui, par conséquent, n’ont pu enfanter que la destruction, il n’y en a peut-être pas eu de plus parfaitement inutile, sous quelque face qu’on le considère, que celui dont nous venons de vous exposer les grandes lignes, ni qui ait tourné davantage au détriment de ses auteurs. Et je ne veux pas insister ici sur le détriment moral, cer cela est bien entendu. Une nation civilisée ne donne pas ün pareil scandale, qui a consisté à s'emparer par la ruse et par la force de tout un

petit peuple paisible et soumis, à le rendre d’abord la victi-

me du plus effréné des brigandages, à Île disperser ensuite au hasard, sans tenir aucun compte des liens du sang, dans

des milieux étrangers où des traitements barbares centupleraient ses souffrances et prolongeraient son agonie, une

Lation ne méconnait pas ainsi le droit des gens, sans en

. souffrir éternellement dans son honneur. Mais une si abomi- - nable conception, dont l’idée première remonte au gouver-

nement britannique’ ainsi que je l’ai prouvé dans ma conférence sur les Causes de la Déportation, et qui a été exécutée par des hommes qui n'ont rien négligé de ce qui pouvait en accroître l’ignominie foncière, a-t-elle rapporté du moins des profits matériels tangibles, et qui, pour une race de boutiquiers, constituent des compensations qui valent bien

: les sacrifices qu’elles ont coûtés à la respectabilité nationale?

1‘.We are of opinion they (the French Inhabitants) ought to be removed as soon as the Forces which we have proposed to be sent to you shall arrive in Nova Scotia.” (Beard ef Trade to Gov. Philipps, Whitehall, December 20, 1720. — N. 8. D. p. 58).

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- Les instruments immédiats de cette honteuse entreprise en

ont-ils fort avancé leurs affaires ? Nous parlons ici en thèse générale, car ainsi qu'on dit dans l’école, non datur scientia de particularibus. Il y a éu des individus, en effet, Pour qui la spoliation des Acadiens a été une heureuse chance. Mais, si nous laissons de côté ces faits particuliers, <es cas d’enrichissement personnel comme fruit d'un vol orgarisé, est-ce que, par exemple. le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, en tant que gou:rneur, à savoir personnage officiel devant avoir à cœur les intérêts de sa province, a posé là un acte qui a été à l'avantage de celle-ci? De quelque côté qu’on envisage la Déportation des Acadiens, et qu’on la mette en regard des ambitions de conquête que rou:i*-sait l’Angleterre à l'égard de tout le Canada, ou qu’on i4 considère du point de vue du développement naturel de la péninsule, ou que l'on réfléchisse au devoir qui s’imposait à Lawrence, s’il eût simplement voulu faire acte de sage administration, l’on est obligé de conclure que cette déportation fut parfaitement inutile, et non-seulement inutile, mais nuisitle à ‘avenir de cette province, dont elle a entravé et retardé indéfiniment le progrès. Oh ! comme tout s’enchaîne ici-bas! Comme est merveilleuse la solidarité des divers ordres moral et matériel ! Et comme on ne peut toucher aux lois éternelles fixées par la Providence, sans que la nature résiste en quelque sorte, et venge l’harmonie universelle qui a été brisée par le crime des hommes !' La Grande-Bretagne rêvait d’un empire américain qui embrassât tout le nord du continent, et depuis toujours les possessions françaises en Canada l'empêchaient de dormir. Mais je demande en quoi la présence

de quinze à vingt mille français neutres en Nouvelle-Ecosse

pouvait empêcher les armées anglaises de réaliser les vastes ambitions nationales ? Les Acadiens, liés par un serment de neutralité, avaient toujours été fidèles à leurs engagements : . en maintes circonstances délicates, ils avaient montré une attitude si correcte qu’elle leur avait valu des éloges en haut

1 Dans un discours prononcé à }’ Assemblée Nationale, le 22 avril 1872, Gambetta a parlé du ‘châtiment éternel qui sort des choses”. —— Voir Gambetta, par Paul Deschanel, p. 145. :

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lieu. Quellr apparence y avait-il que, dans les nouveaux événements qui se préparaient entre la France et l’Angleterre, ils dussent changer de conduite ? Le gouvernement n'avait qu’à les laisser tranquilles sur cette question du serment, qu’à ne pas vouloir reviser une forme d’allégeance qui avait été acceptée des deux parts, officiellement garantie et sanctionnée, et dont tous s'étaient bien trouvés, pour que, advenant la guerre, les neutres fussent restés en dehors et audessus de Ja mêlée, tout comme auparavant. Il y a quelque chose de triste et d’enfantin à la fois, à vouloir soutenir, ainsi que font des écrivains réputés sérieux, que la déportation fut nécessaire, fut une mesure, cruelle sans doute, mais nécessaire, de ce chef que l’Angleterre n'aurait jamais pu, autrement, s'emparer du Canada ni le garder. D'abord, en quoi était-il nécessaire que l’Angleterre s’emparât du Canada ? Surtout, quelle obligation y avait-il de disperser au préalable ces quinze mille paysans neutres, qui, depuis 1730, n'étaient jamais sortis des limites de leur neutralité, et qui, au surplus, à l’époque qui nous occupe, n’avaient pas une seule arme? « Je me hâte de rire de tout, de peur d’être obligé d'en pleurer », disait Figaro! Devant cet argument de nécessité qu’on nous sert pour justifier la déportation, nous devrions rire, si les larmes n'étaient les plus fortes et si notre cœur ne pouvait plus éprouver qu’une indicible navrance. J’ajoute que cette expulsion, dont l’inutilité absolue frappe tous les gens honnêtes, a nui grandement aux meilleurs intérêts de cette province même que leur départ était censé favoriser ; elle fut un acte hautement impolitique et anti-économique, en donnant à ces mots leur sens le plus réaliste. Du jour au lendemain, en effet, la péninsule fut transformée de contrée fertile en désert ; elle fut privée de ces admirabies colons français, durs au travail, ingénieux et forts. Malgré des offres alléchantes, il se passa des années avant qu'on put les remplacer. Et le furent-ils jamais vraiment ? Est-ce que leurs successeurs n’ont pas

1 Beaumarchais. Le Barbi-r de Séville, Act. I, Se. 2 — Et Byron devait répéter : “And if I ve at any mortal thine, ‘tis that I may nos weep”’. Don Juan, Cant. I, St. IV. — Mais Sénèque avait dit : ‘“‘Aut ridenda omnia aut flenda sunt”. A Ira. lib. II, 10).

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avoué au &ouvernement qu’il Y avait de ces choses, comme les aboîteaux Par exemple, qu'ils se sentaient incapables, je ne dis pas de construire, mais de réparer seulement, suppliant qu’on appelât les déportés à leur secours ?! Voilà donc des milliers de bras, habitués à remuer le sol, à l’ensemencer, que l’on supprime d’un Coup. Quelle force soudain anéantie ! Et quelle destruction impie de toute la richesse économique d’un état ! La colère, la haine nationale et religieuse, ont-elle jamais inspiré un plus absurde vandalisme, qui s’est retourné contre ceux-là mêmes qui s'étaient glorifiés de l’avoir déchaîné? Quelle folie sacrilège d’appauvrir ainsi, de ruiner systématiquement, sous des prétextes qui ne tiennent pas debout, que la raison condamne non moins que la Conscience, un territoire que l’on est au contraire chargé

gendra son magnifique exploit : incessantes réclamations de la part des divers Etats où avaient échoué Jes neutres fran-

pides décrets avaient promené Ja dévastation et la mort, critiques contre son administration : embarras financiers, échecs politiques, etc., etc. Il est vrai que la Métropole, comme pour sanctionner son “crime, l'avait, dès l’aurore de l’année 1756, nommé Bouverneur-en-chef de la Nouvelle. Ecosse. Mais, quand la Grande-Bretagne put entrevoir la

siasme digne d’une meilleure cause, en fut atteint dans son Prestige de soi-disant sauveur des destinées anglaises, en ce.

L Canada-Français. Doc. in sur l’Acadie. II. 92. Memorial of the Inkabitants of King's County, etc. ;

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continent. Sa gloire s'amoindrissait, au fur et à mesure que son acte s'illuminait d’une clarté différente, et prenait un recul qui en diminuait la valeur pratique, et le montrait mieux, sinon comme un crime, ce que les Anglais n’ont jamais admis, du moins comme un fait d’un intérêt local et limité. Du reste, crime ou sottise, fait supérieur ou bévue politique, la chose avait ecuüté cher : et ce sont ces énormes dépenses, causées par l'expulsion des neutres français, que les hommes d’Etat anglais ne pourront pas avaler et qu'ils ne pardonneront pas au gouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Ainsi que l’a dit l'historien James Bryce dans une analyse de l'ouvrage Acadia, Lawrence died under a cloud: Lawrence est mort à temps, car les foudres officielles s’apprêtaient à le frapper. Pour avoir échappé, en somme, à la disgrâce humaine, cet homme, l’un des plus grands malfaiteurs de l’histoire, aura dû recevoir, à l’heure où il s’abîmeit dans l'éternité, une rétribution d’autant plus rigoureuse. Une dernière considération, que j’ose à peine énoncer, tellement elle s'impose et ressort d'elle-même de tout ce que nous avons dit touchant la Tragédie Acadienne… ah! je ne sais pas quels mots inventer ! Ce serait un singulier euphémisme, doutlé d’une plate banalité, que de dire que la déportation fut inutile et nuisible aux Acadiens. Elle ne leur a pas seulement nui, certes, elle les a désorientés, elle les a brisés. Le mal qu’elle a fait à cette race est à tout jamais irréparable. J’ai enténdu de belles choses au sujet de leur survivance, de la reprise de leurs destinées en Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick. Cela est admirable, en effet, et Mgr Paquet, qui a observé ce fait ethnique -emarquable, l’a justement appelé la Revanche de l'Histoire M. Charles Maurras a dit : e Il n’y a rien au monde de plus touchant que le tableau d’une race antique qui se maintient ».°

! “Lawrence ended his career under a cloud”. Cette critique d’Acadis a paru dans The Sp.aker, London, England. 30 Sept. 1899.

* Etudes et Appréciations. Mélanges Canadiens, p. 116. (Québec, Imp. Franc. Mission, 1918)

® L’Action Française et la Religion catholique, P. 141. Tiré de son Anthinea, à propos d'une ‘ville corse peuplée au XVIIe s. de Grecs fugitits, et Qu, pur un miracæw ue ndéuté mstorique, conserve encore, pour une très srande part. les nobles legs de leur esprit et de leur sang”. (Nou. Libr. Nat. Paris, 1913).

Si, je sais quelque chose de plus touchant encore, c’est le tableau d’une antique race qui, après avoir été déracinée, décimée, broyée, semée à tous les souffles, réussit, par un véritable miracle de profonde vitalité, à se refaire, à se maintenir. Il y a là un Phénomène apparenté à une résurrection, C'est pourquoi il excitera toujours l’étonnement des penseurs. Ce Phénomène, ce rare tableau, dont les éléments sont faits d’une double beauté : Ja surgie et le maintien des traits de la race, — l’Acadie nous l'offre à l'heure actuelle. I] faut s’incliner respectueusement devant un tel

tain de notre esprit, quand nous songeons à ce qu'aurait été normalement l'avenir des Acadiens, sans ce néfaste épisode du “grand dérangement”, lequel fut plus qu’un épisode, mais une effroyable tempête, dort les désastres sont incalculables, et se feront sentir au long des siècles. Les Acadiens seraient aujourd’hui un million à douze cent mille. Quelle réserve d'énergie française et quelle efflorescence du catholicisme, dans ces mêmes provinces, qui leur appartenaient de droit, et qu’il leur a fallu arracher peu à peu au fanatisme ! Cette tragédie acadienne ! L'énigme, la solution n’en est Pas dans les pauvres spéculations de notre entendement. C'est plus haut que la terre, en dehors du temps, du nombre et de l’espace, qu’il faut en chercher une explication qui repose l’esprit désemparé en présence d’un tel sort fait à l'innocence et qui comprime les mouvements d’un cœur honnête, que l’indignation au souvenir de si grands malheurs fait battre trop vite. De tout temps il a fallu qu’il y eût des justes souffrants. C’est la grande loi d'équilibre moral, qui empêche notre monde d’être englouti dans le néant. A cause de sa foi, de ses vertus, la race acadienne a été choisie pour prendre rang parmi ces victimes augustes, que l’antiquité païenne elle-même plaçait très haut : Je juste qui expie? Et

1 La ‘lragédie Acadienne est un sujet à la Eschyle. “Comme il pre-

N@.. pour sujet une marche su supnlice..” a dit de lui, M. Alfred

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depuis la mort du Sauveur. sur la croix, la souffrance du juste a quelque chose de divin. Ce sera la gloire de l’Acadie française, d’avoir donné aux nations du globe l'exemple de la plus amère souffrance dans la plus parfaite justice, et d'avoir été, comme le Divin Maître, crucifiée. La vertu de son sacrifice échappe à nos supputations humaines. Qu'il nous suflise de savoir que pas un atôme n’en sera perdu.

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