ET
voici, choisi parmi des centaines d’autres semblables ou plus odieux encore, un specimen de la manière plutôt forte que l’on appliqua à°ces exilés : « Pétition de Charles et Nicolas Breau. Quelque temps après leur arrivée à Boston, les pétitionnaires furent envoyés avec leur famille, composée de neuf personnes en tout, au bourg de Hanover, où ils furent installés sous la surveillance d’un nommé John Bailey, dans la maison réservée pour les déportés. Pendant leur séjour à cet endroit, c'est-à-dire jusqu’à samedi dernier, ils se sont efforcés par leur travail, ainsi que leur autre frère et leurs quatre sœurs, de pourvoir à leurs besoins et à ceux de leurs parents. Bien qu’ils aient constamment travaillé, œar on les employait soit à couper du bois, soit à enlever la pierre ou à d’autres travaux des champs, ils n’ont jamais reçu un sou en retour, et pendant les 14 derniers jours, c’est à peine si on leur a donné à manger, et encore les vivres étaient-ils tous de mauvaise qualité. Samedi dernier, une vingtaine d'hommes à l'air menaçant ont pénétré dans l'habitation des pétitionnaires, et plusieurs portaient des cordes dans leurs mains. Ils ont entraîné le père et la mère des pétitionnaires, vieillards âgés de soixante-quatre ans, dans une charrette et les ont emmenés dans un endroit inconnu, ayant auparavant attaché avec: les cordes qu'ils avaient apportées le pétitionnaire Nicolas et un de ses frères afin qu’ils ne pussent suivre leurs parents âgés et sans défense. Le dit John Bailey tenait le dit Nicolas à la gorge pendant qu’un autre l’attachait. Boston, 26 avril 1756 ». Ou encore, c'est Augustin Hébert, qui, dans une requête au lieutenant-gouverneur Spencer Phips, expose qu’il a été traité très brutalement par le capitaine Conligot, qui lui a arraché un de ses enfants, lorsque le pétitionnaire parvenait à les faire vivre par son travail. Et non content de cela, il a battu votre malheureux pétionnaire au point que celui-ci a pu à peine marcher pendant deux semaines ». C’est Laurence Mius qui « déclare au gouverneur Pownall que vers le commencement du mois de mars 1758, les conseillers de Methuen, ont envoyé le pétitionnaire et son frère travailler, leur promettant le salaire qu’on payait aux autres dans cet
Porte ni toit. Lorsqu'il pleut,
‘ . Un conseiller qu'ils étaient in
-xhalant de ces plaintes dont je viens de vous fai
endroit. Ils ont travaillé pendant deux mois, mais lorsqu'ils --8ont allés pour retirer leurs salaires, votre pétitionnaire a reçu trois verges de vieille toile évaluée à 7 deniers la verge, deux livres de morue sèche, et une livre de graisse de porc, et son frère n'a guère reçu davantage. Le frère de votre -pétionnaire a travaillé pour la valeur de 3 pistoles et 15 shellings, mais lorsqu'il a réclamé ce montant, non seulement on lui a refusé le paiement de son travail, mais i] fut chassé et poursuivi par un homme armé d’un tisonnier, qui le frappa dans le côté. Le coup qu'il reçût lui fit cracher du
sang pendant le reste du jour... Son assaillant lui dit que, sans la crainte de la justice, il l'aurait tué comme une grenouille..» C’est John Labador qui expose que + depuis d‘. semaines il n’a -Teçu pour subsistance qu’un quartie. d'agneau, et une pinte de lait par jour pour une famille composée de sept personnes. Il n'a pas de bois parce qu’on lui a refusé un bœuf pour transporter chez lui celui qu’il a Coupé lui-même ; il est présentement abandonné avec sa famille, sans vivres et sans feu dans une maison qui n’a ni il leur faut transporter leurs tre à l’abri de la pluie et de la un jour de faire remarquer à
ondés dans la maison ; celui-ci répondit d’y construire un bateau et d'y naviguer...»
lits sous le vent afin de se met neige fondante. Il lui arriva
. J'ai là, sous les Yeux, toute une masse de documents, que j'ai copiés moi-même ou fait photographier d’après les
originaux, tous remplis des plus abominables cruautés, tous
re entendre quelques accents. Ces malheureuses familles, déjà démem-
brées dès leur départ pour l'exil, se voient souvent ravir par force les enfants qui leur restent. £t on ne leur permet pas de se visiter d’un village à l’autre. Elles sont tenues dans l'isolement, séquestrées en quelque sorte, l’objet d’une surveillance jalouse. I1 faudrait écrire sur cet ensemble de pièces où éclate la méchanceté humaine les mots de Shakespeare : horreur ! horreur ! horreur ! Parmi toutes ces brutalités dont le détail serait infini, l’on relève un seul acte inspiré par la pitié, un seul ! Il en est d'autant plus précieux.