ACTE TROISIEME
TANTALE
Homme, maudis et mg^udis-toi !
Tu ne saurais trop maudire les dieux, l'homme et la vie. Les étoiles s'effacent. Le soleil pâle de la nuit, Qui éclaire sans bruit les loups en chasse dans la forêt, La lune, qui f)oursuit les spectres, va paraître.
ORESTE, de plus en plus amer
Pourquoi, pourquoi ai-je horreur de moi-même? où me cacher?
TANTALE
Malheur à qui tarde d'agir ! Et malheur à qui pleure.
ORESTE
Enigme de la peine, — et mystère du crime. La faute est effacée, — le justicier, victime.
ELEKTRE
Mais moi, Oreste, jamais, entends-tu, jamais.
Je ne te quitterai : je parlerai pour toi
Jusqu'au fond du Tartare ! Ha, pourquoi te déchires-tu ?
Pourquoi n'est-ce pas moi ? Non, tu n'étais pas fait
Pour cette œuvre de fer, hélas ! mais au surplus.
Tu ne pouvais t'y dérober.
C'est que je suis maudit.
Toi-même, Elektre, voici que tu doutes de ton droit.
Elektre et Or este
Tu n'oses plus tourner la tête du côté lugubre Où a sévi la terrible fatalité.
ELEKTRE
Si ! Si ! Je l'ose ! Je l'oserai toujours : je regarde L'œuvre en face : Si elle était encore à faire, Je la referais ! je la referais dix fois.
ORESTE
Les mains ont consenti, mais en tremblant... Ces mains. Ont-elles tant tremblé, alors ? Pas assez, il me semble. Mon cœur seul a frémi, — le cœur source du sang.
Tantale va à Oreste, et étend les deux bras. TANTALE
De quelle chair sans muscles et sans nerfs es-tu pétri? Voici la paume et les cinq doigts ; voici l'autre, complice. La vengeance «t les actes puissants y ont tenu à l'aise. Dénombre-les un à un, doigt par doigt. Ta plainte M'irrite, roseau débile. As-tu été conçu Par des pleureurs sans os, par des esclaves en prison ? Ou par les héros de ma race, maîtres de la vie Gomme ils sont de la ville ?
ORESTE
Ils ont vécu, eux !
Ils ont joui de leurs crimes, et c'est moi qui les paie» Moi seul, je iie puis vivre et dois mourir pour eux.