ACTE TROISIEME
TANTALE
O chiens, la profonde harmonie ne se définit pas.
ORESTE
Où vais-je, si je vis, cacher ma honte et mes remords ?
TANTALE
Attends d'avoir blanchi dans les délices : il sera temps. Alors, de te repentir, lorsque tu seras sans forces. Peut-être môme, à ce moment, suscité par les dieux. Contre toi, un nouveau crime effacera le tien.
Il rit.
Va, pour être innocent, c'est bien assez d'être victime.
ORESTE
Je suis roi de la peur, désormais.
ELEKTRE
Eh, que craindrais-tu ?
GLAIA
Redoutes-tu le châtiment, mon fils ? — Moi vivante. Nul né te touchera, non ! pas un cheveu, chère tête !
ELEKTRE avec décision
Lui, craindre ? Et qui ? tu es folle, nourrice.
Les morts !
En haine à tout le peuple, en haine aux morts et aux vivants, En haine à tous et à moi-même.
Elektre et Oreste
ELEKTRE
Tant de regrets, toujours ?
Il fallait me laisser frapper; je l'aurais dû, Moi seule; mais c'était ton office et je n'ai pas voulu L'usurper : au maître de venger l'injure du maître.
ORESTE
Le cœur des vierges est dur sous la gorgs sans lait.
ELEKTRE, profonde tristesse
Le cœur des vierges est tel que leur mère l'a fait. Certes, cette femme n'a pas permis que je connusse La joie du jeune amour, ni l'orgueil d'enfanter. Crois-tu que je n'ai pas pleuré de vieillir solitaire s Et dédaignée ?
ORESTE
C'est pourquoi tu m'as appelé.
Tu embrasses étroitement : à étouffer. •
ELEKTRE
Je n'ai pas d'autre enfant que toi : toi seul me restes.
ORESTE
Un tigre à la tigresse : à la vengeance, le vengeur. J'étais né pour moi-même, peut-être, et non pas Pour servir un tombeau, non pas pour étancher la soif D'un sépulcre au désert, ni pour remplir de sang L'urne de la haine.