‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 102 sur 113 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Tel, dans l'enclos du crime, au poteau de la mort, Entre des murs infranchissables, Jupiter M'a lié, jusqu'à ce^que je tombe.

TANTALE

Échappe-toi ! Romps le licol, n nt.

Mais le peut-il ?

ELEKTRE

S'il le pouvait !

ORESTE

Chacun d'eux a vécu pour lui-même.

Chacun d'eux n'a foulé que ses pas dans l'enclos, Et chacun d'eux a mesuré sa taille sur le sol A la lumière. Mais moi, je suis un collecteur d'ombres, Et le miroir de ces fantômes abolis.

Je suis leur spectre, à tous, et je piétine tous ces morts ; Tous me poussent, ceux qu'ils firent et ceux qu'ils furent. Je ne peux plus faire un seul pas, qu'il ne m'enfonce Dans la boue de leurs traces et le sang de leurs voies. O maudits soyez-vous, vous tous, par qui je suis maudit!

ELEKTRE, faiblement

Quoi ? même le père?

Même lui.

Elektre et Or este

ELEKTRE

Non, ne le dis pas.

ORESÏE

Non, non, pas lui, l'infortuné, tomijc au seuil De sa demeure et du retour rêvé, — pas lui ! Pourtant que n'étais-tu, mon j)ère, et que ne suis-je Celui qui pousse la charrue tranquille dans la plaine?

Sanglot brusque.

CHŒUR

La lune va venir, silencieuse souveraine.

Qui rend même à la nuit la très sainte sérénité.

Bientôt, mon roi, bientôt tu vas aussi goûter

Le mol apaisement de la calme lumière.

ORESTE

Je ne veux j)lus la voir, la clarté qui révèle

L'horreur, — ni celle qui là-bas est couchée sur les dalles.

Il se lève aussitôt et va aux morts.

O dégoût, dégoût... Il se penche.

Gomme elle est immobile et sévère...

Assez, ne me regarde pas, morte ! c'est moi, un mort Aussi, peut-être... O dégoût. Le palais, l'antre au bétail De la luxure, la vache chaude et le taureau; Et moi, le sacrificateur, le prêtre détestable Qui fait la lessive du sang dans le sang... Mais demain. Quel autre purificateur m'attend? Demain,

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