ACTE PREMIER
ELEKTRE
Pour le père assassiné, Qu'il t'en souvienne, ô mon frère, — et pour toi.
ORESTE
Laisse.
Pour toi, sa lille, n'a-t-elle pas été bonne mère?
ELEKTRE
Elle? Elle?
tlemi rire amer, farouche.
Bonne mère ? Oui, comme elle fut Bonne épouse. Oui. Bonne comme le tranchant Du couteau sur le col de la poule ; bonne, bonne En vérité, comme la pierre que lance la fronde, Et qui frappe au milieu du front.
Même rire, plus ])as.
Bonne ? O, tu ignores Le démon de l'impudicité dans la femme altière. Depuis qu'elle a trahi, depuis qu'elle a souillé la couche Conjugale, elle nous exècre tous; elle n'aime que lui, Le complice de sa volupté: mais c'est moi, Qu'entre tous, entends-tu, sa méchanceté traque. Joiu* et nuit, nuit et jour, jour et jour, et les ans Sur les mois, et les mois sur les ans, elle m'a blessée. Insultée, avilie, elle m'a —
Elle étoufTe, et saisit la lète d'Oreste. O frère, elle m'a tant humiliée... Je n'ai vécu Que dans l'espoir de ton retour, et lasse de t'attendi*e, Plus d'une fois j'ai pensé à mourir, — ou —
Elektî^e et Or este
ORESTE, oppressé ELEKTRE, bas, scandé
J'ai médité de... la... tu...er.
Ou?,,
ORESTE, faiblement
Toi?
ELEKTRE
Moi.
ORESTE
Toi-
même ?
ELEKTRE
Moi.
Coiu't silence
GLAIA, mécontente
Elektre, une lille parler ainsi ? Non, je te blâme.
ELEKTRE, froide colère
Elle m'a mise au bas bout de la table, et m'a jeté Gomme à la chienne Takhys les restes de son mâtin.
GLAIA, à regret
Elle l'a fait, il n'y a pas un mois, devant ces princes Étrangers.
Elektre roiiûit violemment.