ACTE PREMIER
ELEKTRE, étouffant
Moi, ta sœur ; moi, la fille royale, Moi!
GLAIA
Ne rougis plus, ma fille.
ELEKTRE
Oui, le temps d'une autre pourpre Est venu, de la pourpre que donne l'arbre des veines.
GLAIA
Ah, l'on se répétait : En vérité, est-ce bien là La fille de ce Roi qui commandait aux Rois ?
J'étouffe...
Glaïa, je te défends... Ha, j'ai frémi de rage, EUem'a...
ORESTE, bas
Qu'a-t-elle fait encore ?
ELEKTRE, lentement
Elle m'a...
Non, rien. O, tu ne sais pas, Oreste, ce que c'est Qu'une mère haineuse pour une fille qui grandit, Qui souffre — et qui la hait.
Court silence, puis avec explosion.
Jamais, jamais, je ne pardonnerai, ma mçre \
Elektre et Or este
Elle m'a tenue sous le talon, et elle m'a mise
Sous le pied fendu de son bouc ; elle m'a plus salie
Que je ne me gardai pure : elle m'a dénaturée.
J'ai compté les saisons sur les heures de l'esclavage.
Jamais, je ne lui pardonnerai : et même vengée,
Je ne lui j)ardonnerai pas. Quelleest la mort, quel est
Le coup qui venge tout le cours du passé ? O, la mort
Ne dure qu'un instant, et moi pendant près de dix ans,
Va, j'ai été inexpiablement humiliée.
ORESTE, douloureux, effrayé
Cruelle, comme tu l'es ! Elektre, et atroce.
ELEKTRE, durement
En ce cas je suis la fille de ta mère.
Ils se regardent dans les yeux.
GLAIA
MafiUe!...
ORESTE
Ton âme est comme le couteau tiré.
GLAIA
Mon fils !...
ELEKTRE
Plonge le tien jusqu'à la garde au fourreau qu'il réclame.
ORESTE
Ha, vierge, Se peut-il que tu saches haïr ainsi ?