‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 46 sur 113 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

^GISTHE

Certes je t'aime...

KLYTEMNESTRE

Alors, les jours heureux ne commencent qu'à peine I

Que les morts sortent de la tombe, et je leur tiendrai tête;

Je ferais tête aux dieux.

^GISTHE

I Voilà bien ma vaillante reine.

KLYTEMNESTRE

Vaillante pour toi, pour toi vivante : mais aime-moi.

Plus guerrière pour toi que l'armée pour Hélène ;

Plus guerrière que la mer à l'assaut des îles.

Quand l'ardente tempête soufïle du ciel qui fume ;

Pour te garder, plus brave que vous tous dans vos guerres...

iEgisthe, maintenant, ne rentres-tu pas au jialais ?

Le bain est préparé, n'iras-tu pas ? l'eau parfumée,

Charme- si frais, délassement de la journée brûlante...

^GISTHE, de mauvaise grâce

Soit. — Je t'y attends ? Tu détournes les yeux ?

KLYTEMNESTRE, haletante

J'ai donné l'ordre à ton esclave préférée, Phœnissa la Troienne, celle qui réjouit ta vue...

Elektre et Or este

^GISTHE

Certes, j'y vais.

Exit ^gisthe.

Klytemnestre le suit des yeux. Elle parle lentement, d'un ton morne, en montant les deffrés.

KLYTEMNESTRE

ïu y cours ! silence.

11 court à son esclave, il a ri de plaisir.

Il n'a pas même su me le cacher, — O malheureuse !

Soudain, je suis lasse ; je suis brisée. Je m'abandonne.

Je l'aime, et je lui jîèse. Ha, pourvu que je t'aie,

M^isïhe, pourvu que jamais je ne cesse de t'avoir.

J'accepte le combat. Ma main sait manier la hache...

Certes, Oreste est mort. Court silence. Le soleil aujourd'hui.

Mord la terre comme un lion boit le cœur de sa proie...

^gisthe, ^gisthe, parfois je croirais qu'il me hait.

Quelle hâte, quand il me quitte; qu'il est lent près de moi!

Oui, je te défendrai, iEgisthe, si tu me défends ;

Mais défends-moi, ou je cesse de me défendre.

Je vieillis, je vieillis. Ha, — pourquoi lui ai-je dit

Ce que jamais je n'aurais dû lui dire?

Je ne sais. En vérité, je ne sais pas : une voix.

Parle en moi pour moi-même, que je ne puis contraindre.

Accablante journée ! Une étrange menace plane.

Un nuage de feu. Court silence. Mais, pourquoi, lui ai-je dit...?

Je ne me connais plus.

Sur le seuil, elle se heurte à Glaîa qui entre.

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