SCENE III
^gisthe et Klytemnestre sur le seuil. Ils descendent les degrés. Tandis qu'elle parle, la reine se frotte à ^gisthe. Elle le conduit, va et vient sur les marches, suspendue à sou bras. Crépuscule rouge sur toute la scène.
KLYTEMNESTRE
Je suis inquiète, ^gisthe. Ne sors pas. Je crains pour toi.
^GISTHE
Est-ce bien toi qui parles ? Toi qui portes la hache ?
KLYTEMNESTRE
Ne le rappelle plus : c'était un jour pareil à celui-ci.
^GISTHE
Un beau jour pour tous deux. Depuis je ne redoute rien.
KLYTEMNESTRE
Je n'ai peur que pour toi.
^GISTHE
Et de qui? ses deux bras, la terre Les retient, la forte terre : ils ne saisiront plus l'épée.
Elektre et Oreste
KLYTEMNESTRE
Le lils du tigre n'est pas mort et les griffes lui poussent.
^GISTHE
Oreste? n rit. Mais il mourra bientôt : le prix est déjà fait
De son manteau d'hiver, en fourrure de sable,
La même étoffe que le père, — pour la même saison.
KLYTEMNESTRE
Non : c'est un jour mauvais que celui-ci. Ne sors pas.
^GISTIIE, avec impatience
Les morts sont morts ! Les vivants ne sont plus redoutables. Ils ne reviennent i)as : c'est toi, toujours qui y reviens. N'en parlons plus.
KLYTEMNESTRE
Toi aussi tu y penses, — sans le dire. Un songe atroce m'a troublée, un noir pressentiment.
^GISTHE
Un songe ne troublera pas ma vie, ni mon iDiaisir ; 11 n'en faut pas si peu.
KLYTEMNESTRE
Ha, ^gisthe, c'est que je t'aime.
Tu es haï, et je la suis. Ce peuple est fourbe.
Le peuple est lâche : il nous déteste et il nous craint.