‹ La Tragédie d'Elektre et OresteChapitre 61 sur 113 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

^gisthe et Klytemnestre sur le seuil. Ils descendent les degrés. Tandis qu'elle parle, la reine se frotte à ^gisthe. Elle le conduit, va et vient sur les marches, suspendue à sou bras. Crépuscule rouge sur toute la scène.

KLYTEMNESTRE

Je suis inquiète, ^gisthe. Ne sors pas. Je crains pour toi.

^GISTHE

Est-ce bien toi qui parles ? Toi qui portes la hache ?

KLYTEMNESTRE

Ne le rappelle plus : c'était un jour pareil à celui-ci.

^GISTHE

Un beau jour pour tous deux. Depuis je ne redoute rien.

KLYTEMNESTRE

Je n'ai peur que pour toi.

^GISTHE

Et de qui? ses deux bras, la terre Les retient, la forte terre : ils ne saisiront plus l'épée.

Elektre et Oreste

KLYTEMNESTRE

Le lils du tigre n'est pas mort et les griffes lui poussent.

^GISTHE

Oreste? n rit. Mais il mourra bientôt : le prix est déjà fait

De son manteau d'hiver, en fourrure de sable,

La même étoffe que le père, — pour la même saison.

KLYTEMNESTRE

Non : c'est un jour mauvais que celui-ci. Ne sors pas.

^GISTIIE, avec impatience

Les morts sont morts ! Les vivants ne sont plus redoutables. Ils ne reviennent i)as : c'est toi, toujours qui y reviens. N'en parlons plus.

KLYTEMNESTRE

Toi aussi tu y penses, — sans le dire. Un songe atroce m'a troublée, un noir pressentiment.

^GISTHE

Un songe ne troublera pas ma vie, ni mon iDiaisir ; 11 n'en faut pas si peu.

KLYTEMNESTRE

Ha, ^gisthe, c'est que je t'aime.

Tu es haï, et je la suis. Ce peuple est fourbe.

Le peuple est lâche : il nous déteste et il nous craint.

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