‹ La Tragédie de Hamlet. TraductionChapitre 31 sur 32 · PREMIER AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

PREMIER AMBASSADEUR

Ce spectacle est affreux.

Ce qui nous amena d’outre-mer vient trop tard : Il est sourd, celui qui aurait dû nous entendre Lui dire que son ordre était exécuté, Que Rosencrantz ainsi que Guildenstern sont morts. Qui nous remerciera ?

HORATIO

Non point sa bouche, eût-elle Pour vous dire merci le pouvoir de la vie; Jamais, au grand jamais, il n’ordonna leur mort. Mais puisque sur le coup de ce drame sanglant, Vous, des champs polonais, vous autres, d’Angleterre, Vous arrivez ici, ordonnez que ces corps Soient placés à la vue au haut d’un échafaud; Et souffrez que je dise au monde qui l’ignore Comment advint ceci : alors vous apprendrez Des actes criminels, sanglants, dénaturés, Des jugements en l’air, des meurtres au hasard, Des morts que le mensonge et la ruse ont tramées, Et dans ce dénouement, des desseins mal compris Qui retombent sur leurs auteurs : toutes ces choses, Je puis les dire au vrai.

FORTINBRAS

Entendons-les bien vite, Et convoquons pour les entendre les plus nobles. Pour moi, non sans douleur, j’embrasse ma fortune : Je possède des droits connus sur ce royaume, Que cette occasion veut que je revendique.

HORATIO

J’aurai lieu d’en parler et de la part d’un homme Dont la voix vous fera encor des partisans; Mais faisons tout cela tandis que les esprits Sont encore égarés; des erreurs, des intrigues, Ajouteraient au mal.

FORTINBRAS

Que quatre capitaines Portent Hamlet, comme un soldat, sur l’échafaud; Car Hamlet promettait, fût-il mis à l’épreuve, De se montrer un très bon roi : sur son passage, Que la musique des soldats et que les rites De la guerre hautement parlent en son honneur. Otez ces corps : spectacle tel que celui-ci Sied au champ de bataille : il messied fort ici. Que l’on tire des salves.

{Marche funèbre. Ils sortent, emportant les corps,

après quoi l’on tire une salve d’artillerie.)

Page 1