‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 12 sur 50 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Puny de cent trépas pour vn seul homicide ;

Leur honte aussi jamais ne sera dans l’oubly.

A telle loy sera votre accord ctably,

Ainsi me l’ont dicté les gouuerneurs du pôle.

Ne sois donc point rebelle à leur sainte parole ,

Fay ce que je t’anonce, et que sans contredit S'exécute au plutost l’arrest que je t’ay dit.

MJNOS.

Sacré nonce des Dieux, oracle de justice,

O saincte voix du Ciel, que tu nous est propice ! Donc maintenant de nous s’absente le danger !

Donc vous prenez lesoing, ô Dieux, de mevanger! Mille grâces par moy d’immortelle mémoire Rendront ce bénéfice à nos nepueux notoire.

Je vous veux obéir, et mon courage est prest D’executer heureux votre divin arrest.

SILVHE.

Bonheur inespéré qui me comble de joye!

Mais quel peuple etranger aduanceicy sa voye! Sire, tout à propos voicy l’ambassadeur Qui de trefve autrefois vous fut le demandeur.

AMBASSÀDEVRS.

Abattus à vos pieds justement ennemis Pour l’horrible forfait que nous avons commis , Notre voix d’un pardon honteusement vous prie Pour l’honneur ruyné de toute la patrie.

Par nos murs desertez, par nos faibles remparts Qui de broches creuez font ventre en mille parts * Par le sang qui rougit notre terre enyurée A la fureur de Mars entièrement liurée ,

Par les Dieux, par le los du mérité renom Dont la saincte clemcnce honore votre nom, Temperez la fureur de votre ire équitable ,,

Calmez votre vengeance affreuse et redoutable, Finissez nos trauaux, retirant le mechef Et les tourmens hideux qui pressent notre chef ; Ne veuillez sans profit et sans nul aduantage Exercer plus longtemps cet impiteux carnage :

Au moins prenez pitié de vos propres guerriers Que l’Enfer tous les jours engloutit à milliers.

A vos dépens d'autruy ne causez le dommage, Mais plutost exigez vn tribut, vn hommage ,

Et prenez dessus nous , pour chasser ce malheur, Autant que de nos biens peut fournir la valeur. Nous n’y retiuons point; sans être réfractaires , Nos plus beaux revenus à vos pieds tributaires Nous vous apporterons, si, payans nos moyens, Nous vivons de nos murs paisibles citoyens.

MINOS

Je demande vn tribut que le ciel mesme ordonne : A telle paction le crime je pardonne.

AMBASSADEVRS.

Puis que le Ciel le veut, monarque, nous voicy,

Si vous le trouuez bon, pour l’approuuer aussi.

O Dieux que je redoute ! vn présagé funeste Me fait craindre d’un traict de la rigueur celeste.

MINOS

Ce tribut que le'Ciel m’enjoint vous imposer , Pour d’une entière paix nos discords appaiser,

Est tel, que tous les ans, du sang de votre ville Quatorze enfans viendront recevoir en mon isle Un trépas innocent pour vos chefs criminels,

Et vous obseruerez ces pactes etemels.

Sept vierges et sept fils ma victime asseruie Me viendront tous les ans sacrifier leur vie :

Vous me serez tenus de cet hommage là.

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