ACTE SECOND
C’est trop donner de temps à nos vaines fureurs.
C’est donner trop d’espace à nos louches erreurs,
MINOS
Comment! ne les punir ! n’en laisser vn exemple Où la postérité d aage en aage contemple Leur supplice effroyable à l’injure pareil !
J’atteste les rayons du lumineux soleil ,
Ces rayons innocens dont la candeur outrée Rebroussa dans le ciel pour le crime d’Atrée,
Qu’vn acte si perfide impuny ne sera Que ma fureur contr’eux jamais ne cessera,
Qu’il faut que leur couronne ou la mienne finisse,
Bien plutost qu’vn lien de paix nous reunisse, i
S1LVRE.
Veu qu’ils vous sont venus la trefve proposer.
Au moins vn peu de temps l’armée reposer Ne sera que le mieux.
MINOS
Si je permets la trefve
Pour refaire mon camp, il faut qu’elle soit brefve :
Yn siecle passera tandis chaque moment;
Mais quel éclat de feu ouure le firmament?
l’oracle.
Escoute prononcer, juste Roy de la Crette,
De l’oracle des Dieux ce que leur voix decrettc Ton fils dedans l’horreur du Tartare reclus Tant de sanglants regrets ne te demande plus.
Voyant tant de guerriers dans l’Acberon decendrc,
Tous les jours immolez à sa muette cendre,
Il se plaint vers le Ciel, accuse son destin De l’avoir fait auteur d’un combat si mutin ;
Gémit que ta grandeur peu à peu diminue,
Ainsi que ta fureur sanglante continué,
Qu’en bref, toute cette isle est au fief d’Atropos. Ses mânes pour cela n’ont jamais de repos, Tousjours sont agittez de ses fâcheuses craintes Et poussent vers e Ciel mille piteuses plaintes. Le Ciel, importuné des cris de son malheur,
Les immortels, touchez de sa juste douleur.
Ordonnent vne paix à cette dure guerre Qui fait horreur au Ciel et frayeur à la Terre, Met la Mer en colere, et en trouble l’Enfer.
Cesse donc, par les Dieux, les fiâmes et le fer ! Donne, car c’est du Ciel la volonté mandée,
Non seulement la trefve aujourd’hui demandée, Mais vne entière paix octroyé à l’ennemy ;
Et soulage ton fils au Cocyte blemy,
Ton fils de qui pourtant les cendres outragées Sur les traistres seront cruellement vangécs Sans qu’il faille à cela tes lames aiguiser,
Sans qu’il faille le sang de ton peuple puiser.
Ils auront vn supplice aux aages mémorable, Ordonné pour punir leur cité misérable,
Tu auras vn tribut de leurs propres enfans Qui te viendront leur vie apporter tous les ans. De l’vn et l’autre sexe un sanguinaire hommage Des mânes de ton fils reparera l’outrage.
Sept vierges et sept fils, qu’ils éliront au sort, En Crete tous les ans s’en viendront à la mort. Le monstrueux enfant dont ta femme accouchée D’vn opprobre cternel a sa maison tachée Se paistra de leur sang -, ce monstre my-taureau Deuant tes yeux vangeurs en sera le bourreau Au labyrinthe obscur oii tu l’as fait enclore Il jeusnera deux jours avant qu’il les deuore, Puis, estant de la faim à la fureur réduit,
Il aura ce butin à sa rage conduit.
Ainsi sera ledol de l'ennomy perfide