‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 19 sur 50 · AMBASSADE Y RS · texte numérisé non relu

AMBASSADE Y RS

Cessez, grand Roy, cessez vos choierez blasphémés; Ne veuillez le vouloir des Dieux examiner.

ÆGÉE

Ha ! je ne puis icy mon ire dominer.

AMBASSADEVRS.

Vn courroux inutile on doit sage restreindre.

Alors qu’il est permis tant seulement de plaindre ;

PASIPQAÈ.

Icy nous ne pouuons que seulement pleurer Les malheurs que les Dieux nous forcent d’endurer.

ÆGÉE

Je ne sçaurois ployer h leur voix inhumaine.

AMBASSADEVRS.

Il le faut, pour gauchir à plus cruelle peine.

ÆGÉE

Est-il rien plus cruel que son sang immoler!

AMBASSADEVRS.

Ouy, de voir vn pays de peuple desoler,

Perdre toute la terre à vostre loy soumise,

Qu’on sauue auec ce peu de victime requise ;

On ne le doit nier, car, ne l’accordant pas ,

Pour cela vos cnfans n’echappent du trépas ;

Ils ne feront ainsi qu’en leur cendre meurtrie Mourir des feux meurtriers de toute la patrie;

S’ils meurent plus heureux, ce sera que mourans Ils se verront suiuis de beaucoup de parants.

Ne voyez-vous les traicts de la fureur divine Qui menassent nos murs d’une entière ruine!

Minos s’est résolu d’enuoyer du renfort Pour redoubler son camp et nous presser plus fort ; Puis les Dieux, plus h craindre, ordonnent vostre crime S’expier sanguinaire en sanglante victime.

ÆGÉE

O terre désastreuse ! ô peuple mal-heureux !

Payons donc au tyran le tribut funereux;

Versons-luy notre sang, propitions les mânes De son fils qui se plaint aux riues stigianes.

De son fils dont le meurtre empraint au souvenir A mes yeux effrayez ne cesse de venir.

Page 1