AMBASSADE Y RS
Cessez, grand Roy, cessez vos choierez blasphémés; Ne veuillez le vouloir des Dieux examiner.
ÆGÉE
Ha ! je ne puis icy mon ire dominer.
AMBASSADEVRS.
Vn courroux inutile on doit sage restreindre.
Alors qu’il est permis tant seulement de plaindre ;
PASIPQAÈ.
Icy nous ne pouuons que seulement pleurer Les malheurs que les Dieux nous forcent d’endurer.
ÆGÉE
Je ne sçaurois ployer h leur voix inhumaine.
AMBASSADEVRS.
Il le faut, pour gauchir à plus cruelle peine.
ÆGÉE
Est-il rien plus cruel que son sang immoler!
AMBASSADEVRS.
Ouy, de voir vn pays de peuple desoler,
Perdre toute la terre à vostre loy soumise,
Qu’on sauue auec ce peu de victime requise ;
On ne le doit nier, car, ne l’accordant pas ,
Pour cela vos cnfans n’echappent du trépas ;
Ils ne feront ainsi qu’en leur cendre meurtrie Mourir des feux meurtriers de toute la patrie;
S’ils meurent plus heureux, ce sera que mourans Ils se verront suiuis de beaucoup de parants.
Ne voyez-vous les traicts de la fureur divine Qui menassent nos murs d’une entière ruine!
Minos s’est résolu d’enuoyer du renfort Pour redoubler son camp et nous presser plus fort ; Puis les Dieux, plus h craindre, ordonnent vostre crime S’expier sanguinaire en sanglante victime.
ÆGÉE
O terre désastreuse ! ô peuple mal-heureux !
Payons donc au tyran le tribut funereux;
Versons-luy notre sang, propitions les mânes De son fils qui se plaint aux riues stigianes.
De son fils dont le meurtre empraint au souvenir A mes yeux effrayez ne cesse de venir.