‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 20 sur 50 · ACTE TR01SIESME · texte numérisé non relu

ACTE TR01SIESME

Allons signifier à la ville étonnée

Cette sanglante paix, contre nos vœux donnée.

Et , commettant au sort le troupeau innocent , Choisir ceux qui feront vn hommage recent.

Envoyons, mes amis, à ses mortelles peines Quatorze enfans tirez des familles d’Atlienes.

CONSEILLER

O justice cruelle ! ô destins irritez !

En quel enfer de maux nous auez-vous jeltez!

Toy qui conduict des cieux le grand tour ordinaire Pere Saturnien, majesté débonnaire,

Et vous tous, immortels, dont l’amour infiny Pour nos crimes de nous ne fut jamais banny, Moderez-nous votre ire, etd’vn sort pitoyable Bornez de peu de temps le supplice effroyable ; Que, ce premier hommage à l’ennemy rendu. Notre sang au taureau ne soit plus epandu.

Et faites, Dieux bénins, que mon en'ant vuique,

A ce tourment hideux aujourd’huy ne s’applique: Ainsi vous arrachez deux âmes à la mort ,

Car de mon fils perdu j’espouserois le sort;

Ainsi , je vous promets, ma requeste obtenus,

De vœux continuels importuner la nué ;

Aux autels erigez en nos sainctes maisons,

Des victimes brûler en toutes les saisons;

Plus d’offrandes payer que le printemps ne donne De verdoyans cheueux aux rameaux de Dodone , Vous verser plus de sang dans ce vagueux enclos Que Neptune profond n’embrasse pas de flots,

Faire fumer d’encens vn plus riche nuage Que n’en fit le brasier du dardanois pillage.

NAVTONIER,

Entrez, pauvres agneaux destinez à l’autel ;

Recevez de mes bras vn seruice mortel ,

Puis que je suis contraint, en ce cruel office.

De porter vostre vie au sanglant sacrifice.

O batteau mal-heureux ! ô funeste auiron ,

Digne de ne seruir qu’en l’esquif de Charon,

Digne de ne couper que les flots de la Parque ! Pourquoy me suis-je apris à conduire vne barque ,

A me cognoistre, expert, b la route des flots ?

Mais pourquoy, seul choisi d’entre les matelots, Devois-je estre le chef d’vn si piteux voyage ,

Où je n’ay point d’espoir qu’en celuy du naufrage.

En attendant les cieux par pitié s’alumer D'vn orage impiteux qui nous fasse abismer!

THESÉE

Cesse tes cris, naucher, retient ta voix peureuse. Notre iune, par la mort aujourd’huy bien-heureuse, S’enuolë dans les cieux, et laisse nos beaux jours Couronnez d’vn laurier qui verdira tousjours;

Nous viuruns d'uage en aage, et la voix de Mémoire De nos noms à jamais rechanlera la gloire.

Vous pleurez, mes amis! à quel plus beau destin Pouuoit le bon démon reseruer notre fin ?

Mourir pour la patrie! hé! c’est tout l’auantage Qu’ont les mignons des Dieux pour leur bel héritage ! Il faut prendre courage, et le trépas souffrir,

Auquel vient avec nous l’honneur mesrne s’offrir.

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