‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 28 sur 50 · ACTE QVATRIESME · texte numérisé non relu

ACTE QVATRIESME

THE5ÉE

Bien, nous suiurons, tyrans.

Adieu, Madame, adieu! Jupiter recompense Les vœux signifiez de si rare clemence !

Votre faueur montrée en l’offre seulement Comme en l’effect receu m’oblige egallement.

ARIADNE

Faut-il donc que les Dieux soient subjets à la Parque ! Destin, qu’en cet effet ta fierté se remarque !

C’est trop.

LES GARDES

THESEE.

Adieu, Madame.

ARIADNE

Adieu, gloire du iour,

Merueille de nature et ehef-d’œuure d’amour,

Qui reprochez aux Dieux l’injustice et le blasme D’auoir leur propre sang fait butin d’une lame. L’amour et la pitié, de contraires façons,

Me blessent à la fois de flame et de glaçons ;

La pitié fait couler en mes veines glacées Les tyranniques morts à leurs chefs menassées,

Et l'amour, d’autre part, vient tenter mes espris D’un assaut impourueu nouuellement surpris.

L’objet abandonné d’une diuine idole,

Qu’absente de mes yeux du souuenir i’accole,

Va d’vn doux entretient mon ame repaissant.

Son brandon trop épris, bien qu’à peine naissant , Enuoye en mon cerueau ne sçay quelle fumée Par les soufflets d’amour plus en plus allumée.

Que ses yeux me sembloient plains d’amoureux appas !

Le soleil dans les cieux plus beau n’cclaire pas,

Et ses cheueux dorez se pourroient bien décrire Comme les rais du jour quand l’aube se retire.

Les poils du bel Adon garrottoient sa Cypris D’vn nœud tel que ccluy dont mon courage est pris, Tel que le doux lien de mes cheres eadesnes,

De mon martyre doux, de mes plaisantes peines Mais que fais-je, insensée, et quel aueugle erreur Me vient précipiter au temps de ma fureur?

J’affecte l’impossible, vnc poudreuse lame Doit bien tost s’emparer de l’objet de ma flamc, Laisser veuf mon amour; il ne faut persister En semblable manie, ainçois luy résister.

Délaissé donc, mon cœur, cette friuole atlante. Applique le remede à ta playe rccente ;

Empêche de ramper ce poison plus auant.

Espérant vn hymen, c’est pourchasser le vent.

Le decret du destin à ton vœu contrarie,

Surmonte donc, mon cœur, surmonte ta furie,

Vise à quelque autre but, et d’un contraire cours Vers vn phare plus seur fais singler tes amours. Helas, qu’à tel dessein m’est libre la parole !

Mais l’effaict est contraint sous le Dieu qui m’affole. Ardante de vouloir, de force je defaux A surmonter d’amour les continus assauts ;

Je brûle, ie péris. Puissant Dieu d’Idalic,

Relasche vn peu les nœuds dont ta corde me lie, Alante le brasier, modéré moy ton feu,

Et me donne loisir de respirer vn peu.

Derechef derechef, doux enfant de Cythere,

Toy que l’onde, la terre et que le ciel reucre,

Qui commandes aux dieux, qui forces Jupiter Sous ton joug le tonnerre et l’egide quitter,

Seul fais ce qu’il te plaist, seul peux mettre en ruyne Ce grand tout, comme seul tu en fus l’origine , Favorise à mes vœux, assiste, assiste-moy,

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