ACTE QVATR1ESME
D'vn prospéré süccez efface mon emoy,
N’epargne ton secours à l'image nalue
De tes beautez qui ja touchent l’ombreuse riue.
Deualer au cercueil , Amour, ne le permets ,
Ce pauure prisonnier en liberté remets ,
Exploit qui te sera de bien peu d’entreprise :
Est-ce toy qui força le bastion d’Acrise ,
Fis bresche à ses remparts , bien que leur bastiment Fust maçonné d’airain et non pas décimant?
Brise donc ces prisons , Amour, je te reclame ,
Arrache des liens ce larron de mon ame.
Mais , ô Vaine priere ! inutile recours !
Il me faut de moy-mesme emprunter le secours , Attendre ce bon-heur de quelque ayde visible , Chercher en mon esprit quelque moyen possible , Bander tous les ressorts de mon inuention Pour paruenir au but de telle intention.
De rompre cette tour, si munie et si forte ,
Il faudroit de soldats vne entière cohorte;
Outre que nos vassaux leurs chefs n’exposeroient A semblables dangers, aucuns nel’oseroient.
Sans doute tel remede est bien loin d'apparance A celuy qui ne sçait se nourrir d'esperance;
Mais quel autre moyen seroit mieux médité Que de mettre vn embusche à la lidelité De tant d’Argus commis h la garde soigneuse?
L’entreprise me plaist, elle est moins périlleuse. L’amorce des presens a beaucoup de pouvoir Pour corrompre la foy et tromper le devoir.
L’or pénétré par tout, et sans beaucoup de peine Fait passer avec luy tout cela qu’il emmeine.
Soit vice, soit vertu, bien-veillance ou rancœur,
Il n’est rien à quoy l’or ne dispose le cœur.
J’offriray ce que j’ay de précieux et rare Pour éblouir les yeux de leur esprit auare ,
Ce diamant tiré du Pactole perleux ,
Choisi sur les plus beaux de son bord graueleux ,
Ce ruby dont l’éclat semble jetter des flammes ,
Et le riche thresor de ses perleuses trames.
S'ils veulent leur faueur à mon ayde employer,
Tout ce que je possède en sera le loyer.
Mais si leur cœur loyal ne m’est pas exorable ï Soubçon hors de propos qui n’est pas vray semblable; Toutesfois , il se peut : la crainte du tourment Que Minos luy fera souffrir asseurément Les retiendra forclos d’esperer un asile Contre l’ire du roy, ce qui n’est pas facile.
En ce cas , mon esprit au fonds de son sçavoir Ne sçait h quel remede autre recours auoir.
En ce cas au cachot qui ces pauurets enferme De sa mort et la mienne il attendra le terme. L’homme demy-taureau l’engloutira vivant ,
Et mon ame l’ira dans l’Auerne suivant.
Le fer et le poison m’en prêteront l’office Pour payer à l’amour ce sanglant sacrifice.
Celestes, empeschez. Mais il m’a semblé voir Le geôlier. Aydez-moy, grands Dieux, à l’emouvoir. Je te reclame , Amour, et toy, reyne d’Erice, Prepare-moy son cœur altéré d’auarice,
Dispose son esprit à recevoir le don
Qu’au secours emprunté je promets de guerdon.
Ainsi, quel bon dessein t’entretient à cette heure!
GEOLIER
J’advise si la tour de toutes parts est seure.
Les grilles, les guichets, et si quelque defaut En toute la prison reparer il me faut.
AR1ADNE.
Ne deplores-tu point la funeste aduanture De ce peuple innocent , et leur perte future!