‹ La tragédie de Pasiphaé par le Sr ThéophileChapitre 35 sur 50 · ACTE C1NQVIESME · texte numérisé non relu

ACTE C1NQVIESME

Suiuant de pas en pas au train de la cordelle Du sentier desjà fait la conduilte (idelle, Trouuera la sortie, et de là puis après Se rendra dans la nef qui nous attend exprès. Compagne de sa fuitte, en la terre et en l’onde Son précieux object je suiuray vagabonde.

PHEDRE

Le complot est subtil , et la faueur des Dieux Le fera réussir, j’espere, à votre mieux.

Mais, ma sœur, mon amour est offensé d’entendre Que vous voulez partir sans compagne me prendre Je veux auecques vonsmesme risque courir, Auoir tousjours commun le viure et le mourir.

AH1ADNE.

L’affaire réussie nous pouruoirons au reste :

Ha! que ce n’est pas là ce qui plus me moleste; Les Dieux veuillent en bien l'affaire disposer! Cependantl’heure est prest qu’on le doit exposer. Je m’en vais le trouver, et, d’espoir abusée.

Ce remede inuenté présenter à Thesée

Je vais trouver son cœur et son corps prisonnier

Où je crey luy donner l’embrassement dernier.

PHEDRE

J’y veux aller aussi, si, sansestre importune,

Je le puis auec vous, courant mesme fortune.

ARIADNE

Ma sœur, vous obligez par trop mon amitié

PHEDRE

Je dois de vos trauaux endurer la moitié :

Nature qui nous a dans mesme flanc moulées , Nature qui nous a du mesme lait soûlées ,

Le nous apprend ainsi, et les bontez parfois D’vn instinct sans raison gardent les mesrues lois.

AIUÀDNE.

Aduançons donc, ma sœur, et, sages, prenons garde Qu’aucun œil curieux nos secrets ne regarde.

Nous approchons la tour, et si l’œil ne me faut , J'apperçois mon amant qui nous guigne d’en haut. Icy commodément, sans estre decouverte.

Je le puis aboucher par la fenestre ouuerte ;

Voici, mon doux soûlas, le remede appresté Ainsi qu’à te sauuer nous l’auons arresté :

Entrant au labyrinthe, il faudra que tu tienne Ce fil, et que par lui de son creux tu reuienne ; L’attacher à la porte et en tenir le bout.

Ainsi tu peux aller et revenir partout.

Au reste, ce poison d’incomparable force ,

Où j’ai meslé du sucre et du miel pour amorce , Seulement de l’odeur le monstre estouffcra,

Exploict que la valeur de ta dextre fera.

Par les Dieux favoris et plus que je n’espere ,

Amour à nos travaux se montrera prospéré.

THESÉE

Auez-vous bien daigné de moy vous souvenir!

En ce lieu maintenant hazardeuse venir ?

Tant penser au soucy de rompre mon supplice!

Ha! Parque, ores vraymcnt, j’abhorre ta malice. J’accuse ta rigueur; je ne puis m’empescher D’injurier les Dieux, et ne crois pas pescher.

Qu’un si pieux trauuail n’auroit point de salaire ! Donc le ciel ne craint point, Amour, de te déplaire; Le Destin te maistrise et le Ciel veut avoir Des trophées sur toy. N’as-tu plus de pouuoir!

Non, non, le Ciel se trompe, et le Ciel et la Parque. Auant que de charger l’acherontide barque ,

J’espere guerdonner nos amoureux trauaux ,

J’espere de finir la trame de nos maux ,

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