ACTE CINQVIESME
Qu’on desespere tout, que l’onde penetrée Par tout où les rochers luy ont brisé l’entrée Surcharge le nauire, et qu’un second ecueil Enfin dessous les eaux lui cave le cercueil ,
Les nautonniers, epars sur les vagues profondes, Rebattent vainement la surface des ondes ;
Cestuy-cy prend vn ais arraché du plancher,
L’vn au mast, l’autre vient au timon s’attacher.
Mais rien, tout cet effort aux pauurets ne profite Qu’à passer de ses flots dans ceux-là du Cocyte.
Ainsi dans vne tour que l’orage de Mars De flammes et de fers enceint de toutes parts ,
Chacun tasche à fuir; on auance, on recule ,
Bas la main à la fin tout se tué, ou se brûle ,
Tous remedes sont vains, bien qu’on ne laisse pas D’esquiuer jusqu’au point extrême du trépas : ,
De mesme notre amour qu’vn foudroyant orage Desespere du port au milieu du naufrage ,
Notre amour ruyné essaye vainement D’euiter le moment du proche monument.
Sur le bord du tombeau desolée et confuse J’invente à le sauuer vne grossière ruse,
J’imagine vn moyen pour le faire euader ,
Mais pas vn bon espoir ne s’offre pour m’ayder.
PHEDRE
Possible que le Ciel vous sera favorable Et contre tout espoir le rendra profitable;
N’en desesperez point sans l’avoir eprouué;
Mais quel est ce remede à l’extrême trouué ?
ABIADNE.
Aujourd’huy mon Thesée avec sa jeune bande A ce monstre glouton doit seruir de viande ;
On le doit amener dans vne obscure tour Qui a cent lieux d’entrée et pas vn de retour ;
PAStPHAÉ.
C’est au creux labyrinthe, ouurage inimitable Qui ne doit pas sembler aux nepveux véritable : Dædale, ingénieux, l’a si bien compassé, Qu’aprèsl’auoir de l’œil mille fois repassé,
Suiuy tous les sentiers , artifice admirable,
On le trouve tousjours par tout irreméahle.
Dans ce cachot Minos le monstre recela.
Il faut que mon amant soit retiré de lh.
S’il domptoit le taureau , et que notre artifice Sur l’autel de Pluton en fist le sacrifice?
PHEDRE
Le moyen qu’il vainquist vn monstre si puissant?
ARIADNE
S’il le va d’vn venin funeste repaissant :
J’ay choisy du poison dont la prompte efficace Le doit mort renuerser estendu sur la place ,
Vn poison plus pressant qu’onques Circé ne fit. C’est ce gasteau de miel et de sucre confit Qui montrera soudain sa force enueniniée; Précipité d’abord dans la gueule affamée Du prodige béant, et luy tenant le cœur ,
Laissera mon Thesée heureusement vainqueur.
PHEDRE
Cette ruse me plaist et montre à mon courage De quelque bonne issuë vn apparent présagé.
Sans doute le prodige, eguillonné de faim ,
A l’abord furieux deuorera ce pain.
Mais quel remede après que votre amant ressorte?
ARIADNE
Attachant ce filet à la première porte ,
Par vn chemin certain sa route il gardera ;
Puis au retour sa main le fil deuidera,