ODE
Coutumier de courre une plaine Qui s’estend par tout l’univers , J’entends à composer des vers Trois milliers tout d’une haleine.
Hardy, dont les lauriers féconds Font ombre à tant de doctes testes, Que les plus grands de nos poètes S’honorent d’estre tes seconds ,
Jamais ta veine ne s’amuse A couler un sonnet mignard , Détestant la pointe et le fard Qui rompt les forces h la Muse.
Que c’est peu d’ouïr Cupidon En sonnet mollement s’esbattre ,
Au prix de voir sur le théâtre Le desespoir de ta Didon !
J’ayme Renaut et Théagene,
J’en ayme encore un million,
Mais plus qu’un livre d’Ilion Scedase mort dessus ta scene.
APPENDICE
Je marque entre les beaux esprits Malherbe, Bcrtaud et Porchères ,
Dont les louanges me sont cheres Comme j’adore leurs escrits.
Mais à l’air de tes tragédies On verroit failly leur poumon ,
Et comme glaces du Strymon Seroient leurs veines refroidies.
Tu parois sur ces arbrisseaux Tel qu’un grand pin de Silesie,
Qu’un océan de poesie Parmi ces murmurans ruisseaux.
Les envieux de ton estime Te donnent peu de sentiment :
L’ignorance est le chastiment Comme la cause de ce crime.
Hardy, contre ces faux abois Tu feras voir comme cigales Toutes leurs muses inégalés Se crever en leur propre voix.
Cette ode de Théophile se lit en tête du t. I er du Théâtre d’Alexandre Hardy, Paris, 1624, in 8°.