SONNET
Je songeois que Philis, des Enfers revenue, Belle comme elle estoit, à la clarté du jour, Vouloit que son phantosme encore fist l’amour, Et que comme Ixion j’embrassasse une nue.
Son ombre dans mon lit se glissa toute nue,
Et me dit : « Cher Thyrsis , me voicy de retour : Je n’ay fait qu’embellir en ce triste séjour Où, depuis ton départ, le sort m’a retenue.
APPENDICE
Je viens pour rebaiser le plus beau des amans ,
Je viens pour remourir dans tes embrassemens. » Alors que cette idole eut abusé ma flamme ,
Elle me dit : « Adieu, je m’en vay chez les morts; Comme tu t’es vanté d’-avoir baisé mon corps ,
Tu te pourras vanter d’avoir baisé mon âme. »
Second, livre des Délices de la poésie française, 1620, in-8°, p. 349. Ce sonnet est reproduit dans la Quintessence satyrique, p. 206-207, avec une variante obscène aux deux derniers vers.