A TROIS CENTS ANS DE LA
A trois cents ans de là, dans une rue de Lyon, Santo-Hieronymo Caserio assassinait le Président Carnot.
Cette moderne tragédie ne se déroule pas comme l'autre dans une atmosphère d'orage et de pressentiments ; on n'y voit pas des amours romanesques, une princesse prisonnière, un monarque puissant réduit à implorer la mort comme le bûcheron de la forêt. Et qu'y a-t-il de commun entre le Béarnais si passionné, si mobile, et ce raide Président Carnot, si peu né, semble-t-il, pour sa tragique destinée? Le temps ni les
victimes ne se ressemblent pas, mais entre les deux meurtriers quelles similitudes étranges, quelle saisissante parenté d'âme, et quelles dissemblances aussi, qui pour l'imagination viennent les rapprocher encore.
D'aspect physique, rien de pareil. Rien de pareil entre l'homme d'Angoulême, d'une physionomie funeste, avec sa barbe d'un roux sombre qui, au dire d'un contemporain, lui donnait l'air d'un Judas, et ce petit Italien, un adolescent, presque un enfant. Il a la tête ronde, le teint mat, le visage imberbe, les yeux doux, un peu sournois peut-être, et qui brillent sous l'arcade sourcilière. Ses mains longues et fines ont été assouplies et blanchies par la pâte du pétrin.
Petit enfant docile, pieux, qui tenait
dans les processions le rôle de saint Jean- Baptiste, une croix de bois à la main, une peau de mouton sur l'épaule, il rêvait lui aussi d'entrer au séminaire, de devenir un prêtre, un apôtre. La vie lui réservait un bien autre destin !
Comme Jean-François Ravaillac rencontra sa destinée au milieu des pierres brisées des couvents et des chapelles, Santo-Hieronymo Caserio vit se lever des boues de son village le tourment qui le conduisit au chemin de la folie. Partout autour de lui la misère : la misère chez ses parents, pauvres bateliers du Tessin ; la misère dans son village de la Motta Visconti, une de ces bourgades lombardes où l'on vit toute l'année d'eau et de polenta. Tout de suite, l'enfant en souffrit. Mais l'étonnant n'est pas là :
c'est qu'il en fut révolté. Cette misère qu'à la Motta tout le inonde accepte depuis des siècles comme le vent et la pluie, elle l'oppresse, elle l'étoufïe. Et cela s'aggrave chez lui d'une délicatesse excessive, qui fait qu'il rosse ses petits camarades s'il les voit marauder quelques fruits dans les champs.
A dix ans, sans dire adieu, il quitte son village, sa mère qu'il aime tendrement, son père et ses huit frères et sœurs. Quel esprit vagabond entraînait loin des siens cet enfant trop sensible? Qu'espérait-il trouver au bout de la grand' route?...
Pendant cinq ou six ans, il sert comme apprenti chez un boulanger, à Milan, Cela ne vaut rien pour une cervelle fragile, la chaleur du four, le travail de
nuit. Des lambeaux de pensées, de tristes songeries sur cette éternelle misère dont son esprit est obsédé hantent ses insomnies du jour. Il pleure au souvenir des souffrances des siens, et il a beau se dire avec une philosophie naïve : « Ce n'est pas toi la cause de leurs maux, mais bien la société actuelle », cette pauvre pensée ne le console pas. Ainsi jadis aux Quatre-Rats ou bien au Pilier- Vert, les terribles jugements de Dieu retournaient sur sa paillasse le praticien d'Angoulême.
Tout se mêle dans ce cœur d'enfant, la pitié et la révolte. Le ver est dans le fruit, la maladie dans l'âme. Il eût fallu qu'une main tendre se posât sur ce petit front fiévreux. Quelqu'un le prit en amitié, un avocat milanais qui le voyait
passer tous les jours, son sac de boulanger sur l'épaule, et son air candide et doux. Mais au lieu de l'apaiser, il l'excite, lui prête des livres, l'emmène aux réunions libertaires, intoxique ce faible cerveau de tous les germes pernicieux qui passent à ce moment dans l'air. Ah ! le sot personnage ! Et qu'il fait regretter le Jésuite d'Aubigny qui disait à Ravaillac : « Vous avez l'esprit troublé. Retournez en votre pays, mangez de bons potages, dites des chapelets et priez Dieu. » C'était là ce qu'il fallait dire au pauvre petit boulanger : « Retourne-t'en à ton village. Tu n'y trouveras point le bonheur, car le bonheur que tu rêves pour toi-même et pour les autres, il n'existe nulle part au monde. Seulement, à la Motta Visconti, tu ne rencontreras
pas des pensées étrangères faites pour d'autres cerveaux que le tien. »
L'avocat milanais ne lui tint pas ce langage. Mais quoi ! A-t-on jamais arraché personne à son destin? Et la prudence du Jésuite a-t-elle arrêté un instant le couteau de Ravaillac?
C'était le temps où l'Anarchie soulevait par le monde une espérance insensée de bonheur prochain, immédiat.
D'où venait cette religion nouvelle qui avait déjà ses martyrs? On n'explique pas ces vagues de folie, de croyance mystique, ces modes meurtrières, ces épidémies morales. Ravachol, Vaillant, Emile Henry étaient morts. Leur exemple, les brochures, les propos des compagnons agissaient sur l'esprit du petit Italien à la manière des sermons et des apologies
assassines inspirées du Père Mariana. Il prend le vent, il écoute. Lui aussi, il ramasse ce qui flotte autour de lui de sentiments et d'idées orientées vers sa manie ; lui aussi, il pénètre dans le cercle magique d'où l'on ne peut plus s'évader. Le même orgueil le soulève, la même confiance imbécile dans la valeur d'une pensée, dans l'efficacité d'un geste. Lui aussi, dans sa frénésie, il s'apparaît un sauveur, un homme-providence, l'espérance de tous. Sa fureur croît en silence, au plus secret de son être ; et soudain elle sort tout armée du fond de sa conscience, éclate dans ce mot meurtrier : « Rien ne m'arrêtera, ni père, ni mère. Un seul jour suffira pour une vengeance terrible, et je frapperai une grosse tête ! »
Il veut tuer. Qui tuera-t-il? Ah ! qu'on
est loin ici du drame d'AngouIême !
Ravaillac ne peut tuer qu'un homme, et cet homme c'est le Roi. Pour Caserio, la victime est quasi indifférente : c'est toute une société qu'il déteste et voudrait frapper à mort.
Ce que fut pour Ravaillac la conversation chez Belliard, l'étincelle qui embrasa tout, ce fut pour Santo Caserio une conversation d'hôpital.
Il avait quitté Milan afin d'échapper au service, et venait d'arriver à Cette, — petite goutte de sang italien qui tombait dans un faubourg tout peuplé de ce»
Catalans et de ces Piémontais que la misère nous envoie.
Là, il fit un mois d'hôpitaL Des compagnons venaient l'y voir. Un soldat,
malade aussi, prit part à la conversation :
— Vous autres, anarchistes, dit-il, vous avez beau jeter des bombes, vous manquez toujours votre but.
— On ne le manquera pas toujours, dit l'enfant de sa voix traînante.
Et comme quelqu'un remarquait que jamais on n'avait tué ni un Président ni un Roi, le soldat dit en passant qu'il avait rencontré, un jour, le Président Carnot à Paris et qu'il était bien escorté.
Toujours du même ton négligent, Caserio déclara :
— Il faudrait d'une croisée tirer un coup de fusil, ou bien lancer une bombe.
Quel progrès fit dans son esprit cette conversation de hasard? Sa maudite pitié, sa tendresse malfaisante qui exi-
geaient un sacrifice, ont-elles déjà désigné leur victime? A quelques jours de là, il lisait, au Café du Gard, que le Président venait à Lyon. Tout ce qui s'amassait dans son âme de rancunes, de noires songeries et de stupide espoir se précipite et le grise. Lui non plus ne dit à personne la résolution qu'il a prise. Et le voici qui part sur les chemins de la folie.
Un samedi, entre dix et onze heures du matin, sous un prétexte futile, il se prend de querelle avec son patron et se fait donner congé. On lui remet son salaire, une pièce de vingt francs.
Il s'en va rue des Casernes, entre dans un bazar, achète pour cent sous un poignard fabriqué à Thiers et portant sur sa gaine Recuerdo Toledo, puis se rend à la gare.
Ravaillac, sortant d'Angoulême, emportait sur son cœur un morceau de la vraie Croix, dans sa poche un chapelet et des vers à dire par un condamné que l'on mène à la mort. L'Italien avait sur lui la photographie de Ravachol.
Ah ! qu'il est pauvre et dépourvu, et pour tout dire, inhumain, ce voyage de Cette à Lyon, auprès de celui que fit jadis le triste Angoumoisin de Paris à Étampes et d'Étampes à Paris ! Sur cette Beauce désolée, toute une longue tragédie mystique se dénouait enfin dans son cœur. En ce forcené Ravaillac, le ciel et la terre se mêlaient. Si hors de l'humanité qu'il fût, il s'y rattachait encore par toutes ses fibres chrétiennes, par tout ce que la pensée religieuse cache de tendresse profonde derrière ses sévérités.
LA TRAGÉDIE DE RAVAlLLAC 257
Héros catholique manqué, missionnaire d'une folle mission, exécrable régicide, mais saisissant exemple du singulier pouvoir que la religion possède de maintenir dans un cœur criminel des sentiments d'humanité véritable et de créer du sublime jusque dans l'homme qu'elle égare.
Chez Caserio, pas un doute, nulle hésitation, nul scrupule, nul débat avec luimême, nulle trace de terreur divine. Il ne regarde pas dans son cœur ; il regarde encore moins au ciel. Quelle paix, quel affreux sang-froid, quelle absence d'inquiétude ! Ce n'est pas une tragédie, c'est un long mouvement de fièvre.
Il a fait lui-même à ses juges le récit de son voyage comme on raconte à des amis une paisible promenade. Il va
d'abord à Montpellier, il se fait couper les cheveux chez le compagnon Labori.
Celui-ci lui demande s'il vient chercher du travail. L'autre lui répond sans plus ;
— Je vais en chercher à Lyon.
Le soir, il part pour Avignon, s'assoit entre deux gendarmes. Entre deux gendarmes, déjà ! Cette circonstance l'amuse, le fait sourire en lui-même. La conversation s'engage, s'anime, puis languit et tombe, et ses voisins s'endorment.
A Tarascon, le train s'arrête. Pour continuer son voyage, il doit prendre le rapide — cela ne lui est jamais arrivé. Dans ce coupé de première classe, c'est le praticien Ravaillac chez la Duchesse d'Angoulême ou chez le Cardinal du Perron. Il détonne, il attire l'œil avec sa veste enfarinée, son gilet de coutil
déboutonné, son pantalon gris clair, sa casquette de toile et sa cravate lilas. On s'écarte aussitôt pour lui faire de la place.
A deux heures du matin, il est à Avignon. Il descend, erre dans la ville, entre chez un boulanger dont le four est allumé et lui achète du pain. Deux heures plus tard il part pour Vienne où il arrive à dix heures. Maintenant il n'est plus qu'à trente kilomètres de Lyon.
Cette fois il quitte le train pour continuer sa route à pied.
Sur cette route empoussiérée, il s'en va, l'esprit paisible, droit devant soi, en vagabond qui se distrait au moindre accident du voyage. Autour de lui c'est la paix, l'enjouement d'un dimanche méridional. Des promeneurs vont et
viennent, d'autres poussent les boules à l'ombre des platanes. La campagne est à ses plaisirs. Il remarque qu'il y a du monde au Restaurant des Chasseurs.
Il faisait chaud, il avait soif ; il entre dans une maison et prie qu'on lui donne un verre d'eau. On venait justement d'en tirer dans le puits. Il en boit à longs traits, jusqu'au moment où le fermier l'arrête, lui disant qu'il se ferait mal.
Même les dimanches et jours de fête, la mort passe sur les chemins. Des personnes qui pleurent sortent d'un cimetière. Plus loin, deux aveugles s'en vont conduits par une vieille femme ; devant une ferme ils s'arrêtent pour demander la charité.
Il traverse ensuite un village et laisse sur sa gauche la seule maison qui l'inté-
resse dans les localités qu'il traverse, la Gendarmerie Nationale. Sur le seuil, un gendarme en toile blanche fumait paisiblement sa pipe. Caseiio passe devant lui, la cigarette à la bouche, étonné que ce gendarme ne se lève pas pour l'arrêter, comme si chacun devait lire son dessein sur son visage !
Mais le soir vient, la nuit tombe. Au bord de la route déserte, un poteau attire l'attention de l'insouciant voyageur.
C'est le poteau qui indique qu'ici finit le département de l'Isère, qu'on entre sur celui du Rhône, et que, là comme ici, la mendicité est interdite. Petite plaque de fonte, banal arrêté préfectoral sans intérêt pour personne, mais pour lui aussi éloquente que VEcce Homo d'Êtampes !
La mendicité interdite ! Cela le rejette
aussitôt au plus noir de ses pensées, à ses rancunes, à sa fureur éternelle contre la Loi, qui jusque sur les chemins vient insulter aux pauvres gens.
El c'est vraiment symbolique de ces deux âmes forcenées, ce calvaire et ce poteau !
A huit heures, il est à Lyon. Il trouve une ville illuminée, pavoisée, remplie d'arcs de triomphe, comme autrefois Ravaillac avait trouvé Paris à son retour d'Étampes. La foule se presse sur les trottoirs pour voir défiler un cortège. Il ne parvient qu'à grand'peine à se glisser dans la cohue jusqu'au bord de la chaussée. Là, il attend sans impatience, toujours présent, attentif à ce qui se passe autour de lui.
Un gamin s'est hissé en haut d'un
réverbère, un sergent de ville l'en fait descendre.
— A quoi bon? dit Caserio que tout ordre exaspère. Le réverbère est solide.
Son accent le fait remarquer. 11 en a le sentiment et se tait.
Une horloge sonnait la demie de huit heures. La Marseillaise retentit, des cavaliers s'avancent, tout le monde crie : « Vive ! Vive ! » Et la voiture présidentielle apparaît.
Aussi prompt que Ravaillac, Caserio bondit sur la chaussée, met la main sur la portière, lève son poignard et frappe.
— Ah ! cet homme ! murmura M. Garnot.
La lame de seize centimètres était entrée tout entière.
Aussitôt le coup porté, l'assassin essaya de fuir, de se perdre dans la foule. Ravaillac, lui, était resté immobile près du carrosse et le couteau à la main. Pourquoi fuir? N'était-il pas à cette he^ire le bras de Dieu? Contre tous ces valets qui accouraient l'épée dégainée pour le tuer, n'avait-il pas les cohortes des Anges? Et que lui importait la mort, puisqu'il était bien assuré d'avoir la vie éternelle !
Chez le triste Caserio il n'y avait pas cette espérance. L'anarchie l'avait conduit jusqu'au crime, elle le laissa seul à la mort. Il ne trouva ni dans son âme, ni dans ses forces physiques les ressources de Ravaillac. Quand devant le juge Benoît il fit le simulacre du coup qu'il avait porté, tous ses membres se
raidirent, sa figure se convulsa, ses yeux s'injectèrent de sang, et il mit tant de violence à frapper le mannequin qui figurait le Président que le magistrat rempli d'horreur s'exclama : « Vous êtes un monstre ! » Caserio dit : « Cela n'est rien. Vous me verrez au procès, puis à l'échafaud. Cette dernière scène sera tout particulièrement belle ! »
Or justement la scène ne fut pas réussie comme le malheureux l'entendait. Il pleura quand on vint l'éveiller et lui annoncer le rejet de son pourvoi. De la prison à l'échafaud il n'articula pas un mot. Les aides durent le soutenir pour le mener à la bascule. Par un dernier effort, la tête déjà sous le couteau, il réussit à murmurer quelque chose. Ce ne fut pas un cri de révolte, ce « Vive
l'anarchie ! » qu'ils poussaient tous en mourant. Ce ne fut pas non plus ces soupirs, ces appels au Ciel, ces Jésus- Maria, ces implorations à la foule de prier pour son âme, qui donnent un air de martyre à la fin de Ravaillac. Ce fut un cri d'épouvante dans le patois maternel : « A voeni nen! Je ne veux pas ! » Pourtant une source chrétienne fait entendre son bruit dans ce désert brûlé. Pour lui aussi, dans sa sombre aventure, retentit un cri catholique. Il ne montait pas de son cœur, mais n'en fut-il pas troublé? C'était sa mère qui lui faisait écrire : « Pense à ton âme, oui, cher fils ; toute la Motta est bouleversée avec des douleurs qui sont des douleurs à arracher Tâme aux pauvres mères, toute ia Motta prie pour toi... » Là-bas, au delà
des monts, sur les bords du Tessin, dans ce petit village de Motta Visconti, qui se le rappelait portant sa croix de bois et sa peau de mouton sur l'épaule, le village tout entier pria pour l'enfant égaré, pour la brebis perdue.
Ravaillac eut moins de bonheur.
Je ne puis passer à Angoulême, dans la triste rue des Arceaux, sans lever les yeux vers l'ogive qui marque dans un mur tout ce qui reste de l'église Saint- Paul où le régicide fut baptisé, et qu'aussitôt se peigne en mon esprit l'image de sa mère en pleurs. Elle fit là toutes les prières que la religion commande et que peut inventer le cœur, depuis les prières du baptême jusqu'à celles des agonisants. Sous ces voûtes disparues, elle fut seule à prier pour lui.
Au mois de mai, les femmes des villages viennent porter aux pieds de la Vierge les premières fleurs de leur jardin. Quelques jours, la chapelle embaume, et puis on oublie les fleurs. Elles pourrissent lentement dans l'eau qu'elles ne tardent pas à corrompre ; on les emporte et on les jette au fumier. C'est l'histoire de Ravaillac : une humble fleur de jeunesse, un beau sentiment religieux qui s'empoisonne dans une âme et qu'on précipite aux ténèbres.
Mais pourquoi s'attarder à ces sinistres vies, où la folle belladone s'est mêlée à l'angélique, au lis et aux fleurs des champs? A quoi bon se pencher sur ces tristes visages? Le silence et l'oubli, n'est-ce pas là ce qui convient le mieux
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à leur lugubre mémoire? Pour Ravaillac, les historiens du temps évitent dans leurs Histoires de prononcer même son nom ; pour Caserio, la littérature l'abandonne aux sociologues et aux psychiatres — suprême vengeance du destin !
La stupidité de leur crime semble anéantir l'intérêt que l'on peut trouver à leurs âmes. Un cercle d'exécration et d'horreur les environne. Mais peut-être que l'Antiquité avait un sentiment plus généreux et plus vrai à l'égard de ces misérables, elle qui prononçait sur leurs têtes ces paroles où l'on croit sentir l'ombre des temples et le silence des temps :
Sacer esto! Formule mystérieuse et à double tranchant comme la hache du licteur, qui laisse entendre que les dieux, en même temps qu'ils imposaient leur
malédiction à certains criminels, mettaient en eux quelque chose de leur essence divine, les investissaient à la fois d'un caractère maudit et sacré.
Et c'est bien de l'horreur et de la pitié tout ensemble, du dégoût et de l'effroi religieux qui montent du fond du cœur, quand les livres fermés, on se trouve seul en présence du visage frénétique de Jean-François Ravaillac et de la figure ronde et naïve de Santo-Hieronymo Caserio.
FIIN