‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 1 sur 65 · V| AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

V| AVERTISSEMENT

et parmi ceux que la postérité a laissés dans l'oubli, plus d'un, peut-être, ne le méritait pas. Nous en avons au moins une preuve dans le sieur d'Aves, dont nous publions aujourd'hui la tragédie de Sainte Agnes, restée inconnue jusqu'ù ce jour, croyonsnous bien, à tous les bibliographes.

Cette pièce n'a pas seulement pour elle le mérite de la rareté ; elle se distingue encore par des qualités sérieuses. L'intrigue, fort simple, il est vrai, est bien conçue et bien conduite; mais ce qu'il y a peut-être de plus remarquable, c'est la parfaite convenance avec laquelle parlent les personnages, chacun tenant bien exactement le langage qui convient à sa situation.

Parfois aussi se présentent de beaux vers qui ne dépareraient certes pas les pièces de Corneille ; et nous sommes tout porté à croire que l'auteur de Polyeucte, quand il a composé le rôle de Pauline, s'est souvenu de la tragédie de Sainte Agnès. En tout cas il est impossible de n'être pas frappé, dans une lecture comparative des deux pièces, des grandes analogies de situations et de pensées qui s'y rencontrent.

AVERTISSEMENT. vij

Rien d'étonnant, d'ailleurs, à ce que Corneille, qui était de Rouen, et qui devait nécessairement s'intéresser aux choses de son pays, ait eu connaissance d^une tragédie publiée à Rouen par un auteur qui était peut-être son compatriote, et qui d'ailleurs, si l'on en juge par les vers qui lui furent adressés et par le haut patronage sous lequel il plaça son œuvre, devait avoir une certaine situation dans la société de son temps.

Toute religieuse que soit la tragédie de Sainte Agnès, on y trouvera encore certaines crudités d'expressions, et même d'idées, derniers vestiges des licences du XVP siècle, dont on suivrait encore la trace dans les premières pièces de Corneille. Si nous les signalons ici, ce n'est ni pour en accuser l'auteur, ni même pour l'en disculper. Nos pères appelaient les choses par leur nom, et l'on y trouvait cet avantage que les pensées étaient franchement conçues et clairement énoncées : aussi l'époque de la plus grande liberté du langage at-elle été aussi celle de sa plus grande pureté et de sa plus grande correction. Laconvention, d'ailleurs, est pour beaucoup dans cette matière, et nos oreilles, si

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sévères parfois pour les gauloiseries du bon vieux temps, se laissent bien facilement instiller le poison bien plus dangereux contenu, mais adroitement dissimulé, dans bon nombre des œuvres contemporaines.

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