‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 11 sur 65 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Mais comment avez-vous ceste fille connue. Dont vosîre ame est si fort esprise et détenue.^

Martian.

L^ autre jour revenant de m'esbattre à chasser,

Pour écouler le temps ennuyeux à passer,

Je la vis revenir seuletîe de l'escole,

Et tout au mesme instant mon ame en devint foie.

C'est doncques un enfant qui vous tient en ses lacs?

Martian.

Ouy bien quand pour le corps , mais l'esprit ne l'est pas, Car son beau jugement et sa grande sagesse Ne tiennent nullement de la prompte jeunesse , Mais de l'âge parfait , car ayant son discour, L'on demeure ravy de merveille et d'amour.

Simphronie.

Vous avez donc parlé quelque fois avec elle, Puisque vous la trouvez si gentille et si belle ?

Martian.

Une fois seulement, cncor ce fut bien peu : Car, comme je voulus hiy déclarer le vœu Que j'avois fait d'aimer à jamais son mérite. Après deux ou trois mots elle se mist en fuite.

22 SAINTK ACNÉS.

Simphronie.

Volontiers elle eut honte oyant un tel propos ,

Elle qui vit cncor en paisible repos,

Franche des dards pointus que Cupidon nous lance.

Mariian.

Ce que vous avez dit a de la vray scnddance. Je pense bien qu'Amour, en ces plus tendres ans, Ne luy fait pas sentir ses feux doux et cuisans Ainsi qu il fait à moy; mais j'ay bien espérance Qu'en bref elle en aura certaine connaissance.

Comment le sçavez-vous?

Un devin me l'a dit , Qui dedans ceste ville a beaucoup de crédit.

Simphronie.

Ces gens là, mon amy, sont plains de menterie; De leur adjouster foy c'est une mocquerie. Non, ne les croyez pas , ce sont des attrapeurs De jeunes compagnons , ce sont de vrays pipeurs.

Martian.

D'oàvientdonc que plusieurs de fort bonne apparence. Les rencontrant, leur font une humble révérence?

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