ACTE I
MARTIAN ET SIMPHRONIE.
Martian.
Enfin, après avoir quelque temps ruminé Le conseil qu'en amy Censorin m'a donné, Je treuve qu'il est bon et qu'il m'est salutaire; Mais je n'avise pas qu'il soit bien nécessaire {Sauf sa correction') que j'aille racontant La grande passion qui la va tourmentant Pour un autre amoureux : car sans doute mon père, Oyant ceste nouvelle, entreroit en colère , D'autant qu'il est si prompt et si haut à la main Qu'il ne sçauroit souffrir ny mespris ny dédain; Doncques je luy tairay, c'est acte de prudence De sçavoir à propos, honorer le silence. Mais le voicy qui vient, je m'en vay l'aborder. 0 grands dieux, veuillez moy d'un bon œil regarder ! Et vous mère d'Amour, déesse incomparable, A ce coup aidez moy, soyez moy secourable. Monsieur, ayant receu tant de faveur des deux Que de naistre par vous en ces terrestres lieux. Je serois trop ingrat et trop plein d'arrogance Si je ne vous portois en tout obéissance , Et si je faisais rien premier que de sçavoir S'il vous agrée ou non , comme c'est mon devoir. Auquel je resteray, jusqu'à tant que Mercure Conduise mon esprit où le bien toujours dure.
20 SAINTIi AONÉS.
C'est pounjuoy me sentant jusqucs au vif blessé iViin poignant trait eju' Amour par deux yeux m'a lancé, Premier que par le temps le coup soit incurable, J'ay désiré sçayoir s'il vous est agréable.
Simphionie.
Mon amy, c'est ainsy qu'il vous en faut user, Et non pas, comme aucuns, trop libre en abuser. En cela je cognoy vosirc bonne nature, Et voy combien nous sert la bonne nourriture (lue l'on vous fait donner. Vivant toujours ainsi, Vous ferez que j'auray de plus en plus soucy D'accroistre vostre bien, et que je mettray peine De vous faire cspouser la beauté plus qu'humaine Dont vous estes captif; mais j'entcns, si je voy Qu'elle vous soit sortable, et conforme de loy.
Martian.
Je croy qu'elle le soit, je sçay d'un certain homme Qiie son père est fort riche aux champs et dedans Rome, Et mesme qu'il est noble et de grande maison , Et qu'il peut avec tous faire comparaison.
Simphronie.
Pourvueu que cela soit, c'est chose bien faisable ; Et croy qu'il ne l'aura moins que nous agréable, Mesme à cause du ranc que nous tenons icy. Car nul plus haut que nous nclcve le sourcy.