ACTE II
Martian.
Helas! que dities-vous? 0 beauté, fen appelle, Car la sentence est trop rigoureuse et cruelle.
Sainte Agnès.
Le soit ou ne le soit , si n'ay-je pas désir De l'aller retractant.
Martian.
Quel dueil me vient saisir L'ame de part en part ! 0 douleur ! ô misère ! Las , modérez un peu vostre dure colère, Ne me traitez si mal, ayez de moy pitié. Considérant un peu quelle est mon amitié. Tenez, prenez de moy ceste esmeraude fine , Ce riche diamant , ceste pierre turquine , Ces perles d'Orient, ce carquan de rubis, Et ceste belle estoffe à faire des habits. Prenez, je vous les donne avec telle franchise Que mon ame est de vous ardantement esprise.
Sainte Agnès.
Gardez bien vos presens, je n'en veux nullement; Non, ne pensez par eux me prendre finement. Allez tendre autre part vostre piège et cordage , Car aux despens d'autruy je me suis faite sage; Vous ne me tenez pas, allez, retirez vous ; Je ne suis plus à moy, je suis à mon espoux, Lequel vous passe autant en vertus et richesse,
j8 SAINTK AGNÈS.
En parfaites bcaiitez, en esprit , en addresse, En pouvoir, en justice, en superbe grandeur. Voire en ferme constance et amoureuse ardeur, Que l'on void surpasser un prince magnifique , Un simple gentilhomme , on bien quelque rustique. Bref qu'en diray je plus : son perc est le vray Dieu, Et luy mesmc est tenu pour tel en ce bas lieu; Sa merc est une vierge, une sainte pucelle, Qui n'a point de pareille en cet univers qu'elle; C'est l'aurore d'où naist ce tout divin soleil, Qui par ces clairs rayons a chassé nostre dueil; Ses pages , ses valets et tous ces domestiques Ne sont que des esprits , mais esprits angcliques, Desquels l'agir est tel qu'un tourbillon de vent , Ainsi que ses amis l'esprouvent bien souvent , Alors qu'il est besoin d'aller, à tire d'aile, Les préserver de mal ou leur porter nouvelle De quelque nouveauté; bref, il est si parfait ^ Qu'on ne peut l'agrandir seulement du souhait. Or, jugez, Martian , si je ne suis heureuse , D'estre d'un tel amant chastement amoureuse. Jugez-le je vous prie, afin qu'à l'advenir Vous perdiez de m'aiiner du tout le souvenir.
Martian.
Malheureux que je suis ! 0 pauvre misérable! Un autre jouyt donc d'un bien tant souhaitable , Et moy chetif, et moy, j'en suis loin rejette,