‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 20 sur 65 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

PUust aux dieux immortels qu'en sa tendre jeunesse Il eust senty les coups d'une telle rudesse! Je suis seur qu'il auroit de moy compassion, Se hastant d'alléger ma triste affliction, Laquelle en peu de temps me fera voir le fleuve Que l'on nomme Lheté , si bien tost je ne treuve Quelque honneste moyen de l'aller dechassant, Pour n'estre plus chetif, fasché, ny languissant. Or puis que ce bon homme ainsi long temps paresse A me donner sa fille, il faut que je m'adresse Moy mesw.es devers elle , et sans avoir de peur, Que je luy die encor une fois ma douleur. Que sçait-on ? les grands dieux qui vontjettant l'orage, Peut estre luy pourront amollir le courage : Ce n'est pas la première à qui leurs deïtez Ont dechassé du cœur les rudes cruautez ; Combien s'en est-il veu qui faisoient des faschcuses , Combien s'en est-il veu qui faisoient des mocqueuses. Puis en moins de deux jours par un prompt changement, Aimer leurs serviteurs d'un amour véhément? Ainsi que les oyseaux les filles sont voilages , Et presque à tous moments se changent leurs courages. C'est pour quoy, m' appuyant sur un tel fondement , J'espère d' estre aimé quelque jour ardamment. Mais qu'est-ce là venir? 0 grands dieux, c'est ma belle; Il n'en faut point douter, tout le corps me chancelle. Tant je suis ravy d'aise, et de contentement. Enhardis toy ma langue et parle asseurément.

}6 SAINTE AGNliS.

S:iimc Agnès.

Malheureuse rencontre ! 0 puissance divine! Ne voy-je pas cchiy qui poursuit ma ruine , En me roulant ravir ce que j'ay de plus cher i 0 Dieu ! ne permettez qu'il me vienne toucher, Afin qu'il ne me gaste avccques son ordure. Moy qui pour vous aimer veux tousjours estre pure.

Martian.

Belle, qwon peut nommer divine sans pécher, Brus lé de vostre amour, je vous allais chercher. Pour sçavoir si le temps par sa viste carrière Vous a point fait changer cette humeur trop altiere. Qui m'alloit dédaignant le jour que je vous vy, Et que de vos beautez je suis si bien ravy, Que depuis je n'ay fait que respandre des larmes. Pensant à vos rigueurs faire tomber les armes. Belle, respondez-moy, rcspondez-moy, mon cœur, Et n'usez plus vers moy de superbe rigueur; Tenez-nwy ces doux mots : « Ma colère est passée, Et maintenant tu vis, seigneur, de ma pensée. »

Sainte Agnès.

Lors que je vous tiendray de si gracieux mots, Les doux oyseaux de l'air l'on verra dans les flots En guise de poissons, et l'humide Nerée Habitera du ciel la campagne etheréc.

Le jour deviendra nuit, et la peureuse nuit Flambera de clarté comme quand Phœbus luit.

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