‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 23 sur 65 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Une douleur nous eust la poitrine entamée, Mais si cruellement, que nous sommes contraint D'estre dedans un lict couchez dessus les reins, Ainsi que Martian, mon amy secourable.

S'y treuve maintenant, chetif et misérable, Les soupirs en la bouche et l'œil tout dégoûtant, Pour le sujet d'Agnès qui le va rejettant. Helas, quelle pitié ! Faut-il que la rudesse De ceux que nous ay nions nous comble de tristesse. De mille desplaisirs, de cent mille tourments , Au lieu de nous combler de tous contentements ! 0 peine rigoureuse, et plus qu'insupportable, Et qui n'a point au monde encore de semblable ! Aimer une personne autant et plus que soy, Et ne recevoir d'elle autre chose qu'esmoy. 0 barbare rigueur! mais plustost tyrannie , Qu'on ne void pratiquer aux lyons d'Hircanie! Que je reçoy d'ennuy, Martian mon amy.

D'entendre que tu sois pour l'amour tant blesmy, Si hâve et si défait. Je ne sçay si ma veu'é Te pourra contempler sans se trouver emiie D'un million d'horreurs ! Non, non, en te voyani , Je suis seur qu'elle ira tristement larmoyant ; Mais néanmoins cela, faisons nostre voyage. Le discours d'un amy bien souvent nous soulage. N'ayant pas moins de force à guarir nos esprits {Quand de cent mille ennuis ils se trouvent surpris) Que les ingrediens de quelque médecine

42 SA INTK AGNÈS.

En ont à dtxhasscr un mal qui nous ruine

Entièrement le corps par pecantcs humeurs

Qiii nous font ressentir de terribles douleurs.

Or je m'en vay le voir, ayant ceste espérance

De donner à son mal quelque peu d'allégeance.

Ho 1 sa chambre est fermée ; il faut heurtera l'huis.

Martian, estant couché dans son lict, se plaint.

Que je suis malheureux ! qu'infortuné je suis ! Non, je ne pense pas qu'en la terre habitable Il se trouve quelqu'un qui me soit comparable ! Aimer une beauté beaucoup plus que son cœur, Et n'avoir recompense autre que sa rigueur, N'est-ce pas un tourment sans pareil en ce mondée

Censorin.

Je l'entends lamenter de sa douleur profonde. Helas ! quelle pitié ! Certes je suis atteint D'une bien grande peine à l'heure qu'il se plaint

Martian.

Hé bien, ingrate, hé bien ! puis qu'ainsi tu l'ordonne, Que ma dolente vie au desespoir te donne, Je mourray, je mourra), j'y suis fort résolu , Puis que pour ton mary tu ne m'as pas voulu.

Censorin.

Je ne puis plus ouyr ceste voix lamentable ,

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