ACTE II. 4J
Je vay le consoler d'an discours charitable. Martian , mon amy, je suis fort desplaisant De vous voir en ce lict si tristement gisant , Je supplie au grand dieu de Véternel empire Qu'ayant pitié de vous en bref il vous en tire.
Martian.
Je Ven supplie aussi, mais les deux pieds devant, Afin de n'aller plus tant de mal esprouvant.
Censorin.
Mon dieu , que distes-vous? Parlez-vous de la Parque?
Martian.
Que je fusse desja dans la funeste barque!
Censorin.
Ainsi donc , au besoin le courage vous faut. Qu'est devenu ce cœur si valeureux et haut?
Martian.
Me le demandez-vous? las! faites en enqueste A celle dont je suis la superbe conquesîe , C'est elle qui le tient.
Censorin.
// le faut retirer, Puis qu'elle ne se plaist qu'à le voir martyrer.
Comment le retirer ^ Il ne m'est pas possible.
Censorin.
Si vous y procédez d'un courage invincible , Vous le retirerez , j'en suis bien asseurc , Car rostre mal n'est pas du tout désespéré. Aidez-vous, je vous prie.
Martian.
Au mal que je possède Le courage n'est pas un assez bon remède.
Censorin.
Donc quel autre remède y pourrait on trouver, Afin de vous le faire encores esprouver?
Martian.
Las! je n'en sçache point, car il est incurable.
Censorin.
Ne dittes pas cela, toute chose est muable.
Si Jupiter le veut, quand l'on seroit tout presî
De descendre au tombeau, l'on guarits'il lui plaist.
Martian.
Je le croy, cher amy, mais pour faire la cure De ce mal dont je sens la cruelle pointure , Il faudroit convertir le courage hautain