ACTE 1 I
Je serais bien fasché qu'Agnès cessasî de vivre. Je m'en vay commander qu'on me la meine icy, Pour iascher d'amollir son courage endurcy.
Censorin.
Ce sera fort bien fait , car ce serait dommage Qu'elle fut condamnée à l'horrible carnage ; J'en aurais bien pitié, mcsme reconnaissant Que vastre fils l'adore et la va chérissant Plus que ses propres yeux et plus que la lumière Du céleste Phœbus qui flambe journalière: Car, bien qu'elle luy cause un tourment nompareil, Si suis-je fort certain qu''il en aurait du dueil , Qui peut estre, touchant jusques au vif soname, Le ferait dévaler sous une froide lame.
Simphronie.
Vous dittes vérité , cela n'est pas nouveau : Beaucoup pour aimer trop devaient au tombeau , C'est chose que j'ai veu'é en ma jeunesse tendre.
Censorin.
C'est pour quay, cependant que vous allez attendre C este jeune beauté dont l'œil est si puissant, Je vay voir ce que fait vastre fds languissant.
Simphronie.
Allez , mon Censorin , allez a la banne heure
■^4 SAINTE AGNliS.
Un peu le consoler, car peut estre qu'il pleure Maintenant en sa chambre, ou bien en quelque coin. De peur que de son mal aucun ne soit tesmoin, Car c'est la vérité qu'il a bien de la honte Que cestc passion de la sorte le dompte.
Censorin.
Mais pourquoy de la honte? H n'en faut point avoir, Puisqu'il n'est pas tout seul qui ressent le pouvoir Du grand fils de Venus; toutes les créatures Aussi bien comme luy ressentent ses pointures.