ACTE II. ^I
Simphronie.
La crainte de la mort , que tout le monde abhorre, Luy fera bien quitter ce Jésus qu'elle honore. Je l'en veux menacer, et , pour l'intimider, Je feray 'devant elle un chrestien lapider.
Censorin.
Cela vous pouvez bien , la prison en est pleine.
Car je ne doute point qu'en regardant sa peine , La peur ne la saisisse avec un tremblement dui luy fera bien tost aimer le changement.
Censorin.
Mais avez-vous perdu si viste la mémoire ,
Qu'à ces chrestiens la mort est la plus grande gloire :
Pour l'amour de Jésus ils veulent trespasser,
Et c^est les resjoiiir que de les menacer
De les faire descendre en la tombe funèbre.
Car leur nom par le monde en devient plus célèbre.
Ils se font immortels pour constamment souffrir
Toutes sortes de maux qu'on voudra leur offrir,
D'autant que c'est un point de leur folle créance
Que tant plus chacun d'eux est battu de souffrance,
Plus haut dedans le ciel reluisant de clarté
Il joiiit d'une joye à toute éternité.
Et pour vous tesmoigner mon dire véritable ,
Je ne sortiray point de ce lieu redoutable,
Auquel jadis un Paul endura le trespas ,
Ainsi que fist un Pierre, et nicsnics un Thomas;
Toutesfois ce dernier endura le martyre
Es champs d'où le soleil nous commence de luire ;
Et bref, si je voulais de suite les conter,
On me verrait bien tast du nombre surmonter.
Simphronie.
C estoient hommes j à vieux tous remplis de constance, Mais ceste belle Agnès ne sort que de Venfance , Son cœur n'est encor dur pour supporter ces maux. Ces peines , ces tourments et ces cruels travaux.
Censorin.
Je vous nommcray bien la daniaisclle Prisce, Qui de l'âge d'Agnes endura le supplice, Voire si constamment qu'il semblait que sa chair, Insensible aux douleurs fust de quelque rocher, Ce qui fist souspirer et respandre des larmes Aux plus accoustumez à voir de tels vacarmes.
Simphronie.
Vous dittes vérité.
Censorin.
C'est pourquoy sagement Il vous faut gouverner en cet accusement.
Simphronie.
Vosîre conseil est ban, je désire l'ensuivre;