‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 31 sur 65 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

Sainte Agnès.

C'est l'arrogant plein d'ire Qui nous mande quérir.

La Mère.

Ha ! C est-il l' impieux, Le profane vilain adorant les faux dieux?

Sainte Agnès.

Le cruel Lestrigon, le barbare perfide Qui du sang des humains est cent fois plus avide Que ne sont les lyons, les panthères , les ours, Les tigres, les dragons, les loups et les vautours. 0 bourreau plus affreux qu'une ombre Acherontide , Que n'ay-je le pouvoir d'estre ton liomicide, Pour venger tant de saints!

La Mère.

Ma fille , taisez-vous, De peur qu'à nostre abord les traits de son courroux Ne viennent saccager d'une horrible tempeste Ou vostre tendre corps, ou ma neigeuse teste.

Sainte Agnès.

Je n'appréhende point ses inhumains efforts. Face ce qu'il voudra de ce terrestre corps , Pourveu que l'ame en sorte entière d'innocence. Pour monter au palais de l'éternelle essence.

La Merc.

Ccst bien dit, ma mignonne, et l'on nepourroit mieux ; Mais sçachez, néanmoins, que le grand roy des cieux Nous deffend par sa loy de nous jetter nous mesme Dans les dards acerez de la mort pasle blesme, Sinon quand il est temps de le glorifier, Et son nom haut et clair à tous magnifier.

Sainte Agnès.

Son nom glorieux soit bénit de tous sans cesse !

Simphronie.

Qu'est-ce là qui nous vient? Est-ce quelque déesse?

Certes , si je voyois avec elle un troupeau

De nymphes aux yeux doux, au teint neigeux et beau,

Je croirais fermement que ce seroit Diane :

Car son port tout divin n'a rien qui soit profane ,

Et ceste jeune nymphe accompagnant ses pas,

Et qui porte en ses yeux tant d'amoureux appas ,

Me fait aussi juger, ains me donne créance

Que c'est du ciel brillant quelque sainte puissance.

Il me faut avancer, et bien dévotement

Aller baiser le bas de leur habillement.

La Mère,

Que faites-vous , monsieur? Ce n'est de ceste sorte Q^Li'il nous faut saluer.

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