‹ La tragédie de sainte AgnèsChapitre 32 sur 65 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Simphronie.

L'honneur que je vous pot te M'oblige d'en user aussi reverainment, Vous croyant deïtez du luisant firmament.

La Mère.

Monsieur, c'est s'abuser de croire que nous sommes Descendues du ciel, non du genre des hommes ; Je ne suis qu'une femme.

Simphronie.

Et quelle est ceste-cy .«'

La Mère.

Une simple fillette espointe de soucy.

Simphronie.

Vous m'etonnez beaucoup me tenant ce langage,

Car, voyant vostre corps et vostre beau visage.

Je pensais, par ma foy, que sous leur gravité

Se cachast les grandeurs d'une divinité.

Dittes donc, s'il vous plaist, qui vous estes, madame.

Et ceste fille aussi qui me pénètre l'ame

De ses charmants attraits. Qui vous fait transporter

Maintenant en ce lieu?

Devant vostre grandeur.

La Mère.

C'est pour nous présenter

6o SAIN TK AGNÈS.

Simphionie.

Qui vous meut de ce faire ^

La Mcrc.

L' exprès commandement qu'on nous a fait n^aguere De venir vous trouver.

Simphronie.

Ores , je vous cognois ; Vous estes de ceux-là qui mesprisent les loix Des sacrez empereurs , adorant en vostre aine D'autres divinitez que celles qu'on reclame De tout temps en ce lieu : ditîes , n'est-il pas vray?

La Mère.

Ouy, certes, gouverneur, et tant que je vivra),

Et ceste fille aussi , de tout nostre courage

A nostre Dieu Jésus nous rendrons humble hommage.

Ne parlez pas ainsi, de peur que tels propos N'interrompent le cours de vostre doux repos.

La Mère.

Nous n'avons point de peur que cela nous arrive. Que l'onnous mette aux fers, que nos corps on captive; Dedans une prison , ouy, plustost nous mourrions Que nostre Dieu Jésus tous jours nous n'adorions.

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