ACTE III
Simphronie.
Madame, vous parlez avec trop d'arrogance.
Quoy ! ne craignez-vous pas de nos loix la puissance!'
Je vous prie en amy : parlez plus humblement ,
De peur d'en encourir un rude chastiment;
Car j'atteste les dieux de nostre Capitale ,
S'il faloit que l'on sceust une telle parole
Parmy ceste cité , je vous dy franchement
Que l'on vous gesneroit d'un horrible tourment.
C'est pour quoy pensez-y, car ma foy je vous jure
Que je serais fasché que l'on vous fist injure.
La Mère.
Vous nous obligez trop sans l'avoir mérité; Mais je vous diray bien que , quelque cruauté Qu'on nous face souffrir, l'on nous verra constantes A demeurer de Dieu les tres-humblcs servantes : Nous n'avons point de peur des peines du trespas, Car il faut desloger tost ou tard d'icy bas.
// en faut dcslager; mais , s'il nous est possible , // y faut reculer, car la Parque est terrible Et d'un aspect hideux qui ferait mesme horreur Aux tigres, aux serpents , hostes de la fureur.
La Mère.
Ceux qui servent Jésus ne la doivent point craindre ;
Son dard ne touche d'eux que L\ pari la plus moindre. Que le terrestre corps, car l'esprit précieux Qui vient du créateur retourne dans les deux, Où c'est qu'à tout jamais il vit en asseurance, Ayant de tous les plaisirs la douce jouyssance, Mais de plaisirs qui sont d'une autre qualité Que ceux de ces bas lieux tous pleins d'infirmité : Car Fanis qui les gouste en est tousjours ravie , N'ayant de les changer jamais aucune envie.
Simphronie.
Puis donc que ces plaisirs sont des plus relevez, Je ne suis pas d'avis que vous vous en privez Plus longtemps : mourez, vous; mais pour cestepucelle, Dont les yeux sont si gays et la grâce si belle. Je lui conseille bien de ne se haster pas Pour tels contentements de souffrir letrespas; ]l faut, il faut, devant qu'elle quitte ce monde, Qu'elle apprenne les jeux de Venus la féconde , Compagne d'un mary qui, dans deux ou trois ans, Luy fera mettre au jour de beaux petits enfans.
La Mère.
Ma fille pour l'amour n'est en ce monde née ; Elle est à Jésus Christ servante destinée; Elle en a fait le vœu : c'est pourquoy c'est en vain De vouloir l'empescher d'un si juste dessein.