MARTIAN ET CENSORIN
Martian.
Cher amy que mon cœur aime plus que soy mesme, Hclas ! que dois-je faire en ce tourment extrême^ Que dois-je devenir, helas! que dois-je plus Sinon de m' enfermer dans un tombeau recluse Mais que dis-je , enfermer? La Parque qui délivre Les autres de leurs maux, las ! me contraint de vivre, Et, quelque maladie et quelque aspre douleur Qui vienne ravager ma force et ma chaleur, Je ne saurois mourir, et ma vie est plus dure Qu'un roc de diamant d'insensible nature.
66 SAINTE AGNl^S.
Censorin.
Marticin, mon amy, nos jouis sont iunitcz;
Le terme en est prefix par les diviniiez ;
On ne peut l'avancer ne retarder d'une heure.
Martian.
Mais plusieurs ont quitte ceste belle demeure Lors qu'ils ont désiré : Marc Anthoine, Caton, Pour finir leurs travaux allèrent chez Pluton.
Censorin.
Ouy, mais c'estoit l'arrcst des fier es destinées , Lesquelles vont trenchant le fd de nos années Quand il leur semble bon.
Martian.
Donc sans leur volant On ne saurait laisser cesîe belle clarté i'
Censorin.
Certes vous dittes vray, telle est leur ordonnance.
Martian.
J'en voudrais appeler comme de doleance,
Car je ne treuve pas que ce soit la raison
De nous contraindre à vivre estant hors de saison ,
f entends hors de saison quand cent mille infortunes
Se monstrcnt à nos jours tristement importunes,